ATELIER 2 – l'entreprise face aux enjeux de l'économie décarbonée
 

Voici le lien vidéo pour revoir l’intervention de Vincent Bouchet https://vimeo.com/415539650


Le réchauffement climatique et la préservation des ressources de la planète représentent deux enjeux majeurs pour le 21° siècle. Le modèle industriel, qui a été celui des sociétés des 19ème et 20ème siècles et qui est encore dominant aujourd’hui, repose sur une consommation intensive d’énergie, principalement d’origine fossile, et sur une exploitation sans retenue des ressources de la planète.

Pour faire face à ces défis, le passage à une économie « décarbonée » et plus respectueuse des équilibres écologiques est un impératif qui s’impose aux Etats comme aux entreprises. Le problème est complexe et ses solutions ne le sont pas moins. Pour aborder ce thème, nous avons choisi d’en privilégier une dimension.

Les hommes, comme les organisations qui structurent leur activité, ont ceci de rationnel qu’ils règlent leur conduite aux incitations qu’on leur donne et aux lois qu’on leur impose. Parmi elles, la mesure de la performance n’est pas la moins importante. La croyance fétichiste en la croissance du PIB (niveau macroéconomique) et la priorité absolue donnée à la valeur actionnariale (niveau microéconomique) ont conduit aux dérèglements que l’on connait. C‘est en modifiant ces indicateurs financiers et en les remplaçant par d’autres plus conformes aux valeurs qu’il convient de défendre, que se situe aujourd’hui un des principaux leviers d’action.

 

Le présent atelier a été structuré en trois parties

Partie 1 : un questionnaire a été mis à disposition des participants quelques jours avant l’atelier afin de connaître leur perception des différents leviers politiques utilisés aujourd’hui pour faire face aux défis présentés ci-dessus. Nous en présenterons rapidement les résultats.

Partie 2 : le séminaire a été introduit par la présentation de Vincent Bouchet, doctorant CIFRE à la Caisse des Dépôts et Consignations, sur les risques financiers liés à la transition énergétique. La vidéo de cette présentation, des débats qui ont suivi ainsi que leur retranscription intégrale sont mises à la disposition des participants sur le Trello.

Partie 3 : travail en groupe. Les participants ont été répartis en 4 groupes : deux groupes ayant en portefeuille une « entreprise responsable », un groupe ayant en portefeuille une « entreprise sociale » et le dernier ayant en portefeuille une « entreprise en commun ». Il a été demandé à chaque groupe de définir une nouvelle orientation stratégique de l’entreprise qu’ils avaient choisie à partir d‘indicateurs économiques et financiers susceptibles de favoriser une économie décarbonée.

 

Partie 1 : perception des enjeux et des leviers

 

Quatre questions à choix multiple (levier efficace ? plutôt oui, difficile à dire, plutôt non) ont été posées aux participants sur les leviers actuellement utilisés pour « décarboner » l’économie, après une première question sur la perception des enjeux. Ensuite deux questions ouvertes ont été proposées, la première sur le choix d’autres leviers que ceux mentionnés dans le questionnaire et la seconde sur la perception des actions menées par les entreprises membres du club.

 

29 personnes ont rempli en ligne le questionnaire, plus ou moins complètement. Les cinq premières questions ont enregistré 25 ou 26 réponses. Les commentaires libres laissés à l’initiative des répondants ont recueilli entre 6 et 9 avis

Les « autres leviers » (question 6) ont enregistré 6 propositions. Enfin la perception de l’action de l’entreprise dont le répondant est salarié, 11 commentaires.

 

Question 1 : A quelle définition de l’économie décarbonée adhérez-vous le plus ?
 

La réponse qui a recueilli le plus de suffrages est celle qui correspond à la vision plus systémique du problème. La neutralité carbone, la réduction de la pollution ou le rejet des énergies fossiles sont évidemment nécessaires, mais il leur manque l’objectif de préservation de l’équilibre de l’écosystème de la planète qui intègre d’autres dimensions.

 

 

Question 2 : efficacité des leviers – le marché carbone (26 réponses – 9 commentaires)
 

C’est le seul levier pour lequel les réponses sont très largement négatives. Ce mécanisme, mis en place le protocole de Kyoto en 1997, a été critiqué par de nombreux experts et analystes et même par certains politiques, et n’a pas produit les effets escomptés.

En revanche, les commentaires ont peu (voire pas du tout) porté sur les mécanismes utilisés. On peut avancer l’hypothèse que le dispositif n’est peut-être pas très bien connu.

 

Pour aller plus loin : vor la fiche « Note de synthèse : marché carbone » sur le Trello.

Question 3 : efficacité des leviers – économie circulaire (26 réponses – 7 commentaires)

Les opinions favorables sont majoritaires et, pourtant, les commentaires révèlent beaucoup de scepticisme. A juste titre : l’économie circulaire restant très marginale en France. Raison invoquée : elle n’est pas en phase avec le paradigme dominant (croissance, rentabilité, innovation…).

La crise du COVID 19 est vue comme une opportunité pour repenser le modèle.

Pour aller plus loin : voir la fiche « Note de synthèse : économie circulaire » sur le Trello.

Question 4 : efficacité des leviers – énergies renouvelables (25 réponses – 8 commentaires)

Les opinions sont tranchées, entre les convaincus (plutôt oui = 11 réponses) et les sceptiques (plutôt non = 12). Ce n’est pas la nature du levier qui est objet de doutes mais son efficacité, au moins à court terme : tous les commentaires pointent les problèmes inhérents à ces énergies, tels que celui du stockage (problème non résolu) et l’utilisation de ressources rares (le cas du photovoltaïque). On pourrait ajouter le problème suivant : quelle que soit la forme d’énergie dont on parle, éolienne, solaire, biomasse ou hydroélectrique, la première faiblesse des énergies propres consiste en un faible rendement énergétique.

Une façon de contourner le problème ? L’utilisation de l’énergie nucléaire, qui reste controversée dans l’opinion et une solution plus locale mais sans doute assez efficace (le chauffage des bâtiments – logements individuels et collectifs, bâtiments industriels, bâtiments publics - étant une source importante de consommation d’énergie)  : limiter la déperdition d’énergie dans les bâtiments.

 

Pour aller plus loin : voir la fiche « Note de synthèse : énergies renouvelables » sur le Trelo

Question 5 : efficacité des leviers – les initiatives bas carbone (26 réponses – 6 commentaires)

                     

Les avis sont très majoritairement positifs mais les commentaires révèlent beaucoup de questions et de doutes

  • Le développement de ces initiatives est-il de sa seule responsabilité des Etats ou doit-il aussi être le fait de la société civile, mue par des engagements citoyens ?

  • Ces initiatives, lorsqu’elles sont le fait d’entreprises, sont-elles de pures actions de communication ou révèlent-elles une prise de conscience réelle ?

  • La question n’est pas toujours l’absence de moyens financiers mais la lourdeur (et l’inefficience) de leur mise en œuvre. A titre d’exemple : les fonds gérés par la bureaucratie européenne.

  • D’aucun regrettent également la non-homogénéité des labels utilisés (une certification « bio » par exemple, n’a pas les mêmes exigences dans les différents pays d’Europe).

 

Pour aller plus loin : voir la fiche « Note de synthèse : investissements bas carbone » sur le Trello.

 

Question 6 – Autres leviers (question ouverte – 6 propositions)

 

Pas de ligne directrice apparente. On va de la position la plus radicale (« il faut repenser tout le système ») à des positions plus pragmatiques telles que :

  • Relocaliser les productions, encourager le .

  • Faire de la pédagogie à tous les niveaux, le changement nécessaire étant l’affaire de tous.

  • Parier sur le volontarisme et l’engagement des décideurs économiques et politiques.

 

Un commentaire souligne le risque d’aléa moral lié aux incitations financières : « je paie donc je peux faire n’importe quoi »

 

 

 

 

 

 

.

Question 7 – L’engagement « bas carbone » des entreprises participantes (11 réponses)

 

Là encore, des appréciations contrastées. Dans certains cas, la stratégie « bas carbone » n’a pas de visibilité interne (Orange, BNP). Dans d’autres, on observe des actions assumées pour réduire l’empreinte carbone de l’activité.

Soit parce que l’activité est émettrice CO2 :

  • Adisseo : production de vapeur à partir de la biomasse

  • Safran financement de l‘innovation pour obtenir des moteurs moins consommateurs d’énergie

Soit en limitant la consommation d’énergie :

  • La Poste : utilisation de véhicules électriques et isolation des bâtiments

  • AFD : isolation des bâtiments, optimisation des déplacements

EDF contraste dans le paysage – et c’est plus naturel car c’est un producteur d’énergie dont le cœur de métier risque d’être impacté par les évolutions en cours (EDF) – les initiatives se font à plusieurs niveaux : énergie nucléaire, plan mobilité, plan solaire, plan stockage… L’entreprise limite également les émissions carbones du Groupe et connaît en interne, un mouvement de sensibilisation des salariés (mouvement bottom-up).

Partie 2 : Intervention de Vincent Bouchet

La retranscription intégrale de cette intervention et des débats qui ont suivi est disponible en PJ et également sur le Trello.