• Thierry Bardy

Améliorer n'est pas inventer



Sylvain Duranton


A part dans le secteur automobile avec Tesla, le monde réel attend toujours les innovations de rupture, dans l'habillement, l'éducation, l'habitat ou la santé…

Les métavers - derniers des outre-mondes digitaux - repoussent les limites de la révolution digitale qui a conduit « les meilleurs étudiants d'une génération à se consacrer à inciter des clients à cliquer sur une bannière », comme le déplorait récemment une employée de Facebook. Oui, la révolution digitale est bien là, pour le meilleur et pour le pire. Le monde réel, lui, attend toujours. Tesla, a bien sûr révolutionné l'automobile, jamais si bien nommée que depuis la sortie du modèle S. C'est - enfin ! - déjà demain : conduite partiellement autonome, silence, mises à jour régulières et show lumineux. Andrej Karpathy, responsable de l'intelligence artificielle (IA) de Tesla, compare ses travaux à « la construction d'un animal artificiel, qui se déplace, perçoit et agit de manière autonome ».

Des technologies pour un soutien scolaire personnalisé

Mais, au-delà de Tesla, le monde réel est le laissé pour compte de la révolution technologique. Habitats, trains, avions, vêtements, nourriture, systèmes d'éducation, de santé attendent toujours leurs Tesla… Et pour cause : avec la première vague de déploiement de l'IA, les entreprises ont surtout investi pour améliorer l'efficacité de leurs processus : prévision de demande, pilotage de la chaîne logistique, automatisation des processus industriels, aide à la vente, ciblage des clients, personnalisation des offres, évaluation des risques, etc. Pour les entreprises, la prochaine vague concernera l'innovation de rupture - « à la Tesla » - des produits et des services proposés. Bref, ce sera l'IA dans le monde réel.

Les besoins sont immenses et les projets foisonnent. Les voitures volantes pointent le bout de leurs nez, les traitements médicaux complètement personnalisés commencent à apparaître, des astroports se construisent pour exploiter les minerais dans l'espace, les dernières générations d'assistants numériques apportent un soutien personnalisé aux enfants pour l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul. Leur déploiement permettra de casser la contrainte d'un enseignant pour vingt élèves qui pénalise l'apprentissage dans le monde entier.

Pour « faire » le XXIe siècle, les grandes entreprises vont devoir porter à l'échelle cette nouvelle vague d'innovations. Et ce n'est pas simple, car améliorer n'est pas inventer. A force de pousser l'innovation continue, les grandes entreprises ne savent plus inventer. Steve Jobs expliquait comment, avant son retour, les « directions marketing et commerciales avaient réalisé un coup d'Etat et chassé les inventeurs qui avaient fait le succès d'Apple ».

Des inventeurs, des ingénieurs, des obsédés du produit… Notre XXIe siècle ressemble beaucoup au XIXe siècle, et particulièrement à cette période que les historiens allemands appellent « Gründerzeit », le temps des bâtisseurs. A cette époque, vapeur, sidérurgie, machine-outil, électricité, chemin de fer, automobile, aviation, transport maritime, chimie, pétrole ont été portés par des inventeurs entrepreneurs comme Edison, Schneider, Siemens, Daimler, Renault, Peugeot, Solvay, Krupp, Firmenich, Deere, Rockefeller, Vicat. Ces grands groupes ont changé la face du monde. Pour faire du XXIe siècle un nouveau « Gründerzeit », les start-up sont en première ligne. Afin de rester dans la course, les grandes entreprises vont devoir prendre de grands paris industriels, portés par les inventeurs entrepreneurs potentiels qu'elles ont encore trop de mal à recruter, à accompagner et à faire prospérer. La France ne manque ni d'inventeurs ni de grands groupes, et elle se cherche un avenir dans le futur du monde - à chacun de faire le premier pas.

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