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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

Briser la tragédie de l'inaction


Denis Kessler


Le « verdissement » de la finance est un développement profond et marquant de ces dernières années. Mais il est loin d'être suffisant pour relever le défi du « net zéro » planétaire.

En 2015 se tenait la conférence de Paris sur le climat (COP21). L'enjeu était clair : mettre en place une taxe carbone la plus mondiale possible, qui ferait payer les pollueurs à proportion de leurs émissions afin de modifier leurs comportements et (ré)orienter leurs achats et investissements.

Comme le souligne le prix Nobel, Jean Tirole, dans son livre « Economie du bien commun », une taxe carbone alignerait les intérêts individuels des agents économiques avec l'intérêt collectif, en les forçant à « internaliser » le coût économique et social des externalités négatives qu'ils engendrent sur l'environnement. Créer un tel « signal-prix » est le moyen de loin le plus efficace pour lutter contre le changement climatique.

Malheureusement, l'adoption d'une taxe carbone mondiale n'a pas bénéficié du soutien politique nécessaire et la COP21 s'est soldée par un échec. La même année, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney, dans son discours « Breaking the tragedy of the horizon » (« Briser la tragédie de l'horizon »), expliquait que les institutions financières portent une lourde responsabilité dans la lutte contre le changement climatique.

Depuis, banques centrales, régulateurs, superviseurs, organisations internationales et agences de notation ont tous concouru à la mise en place et l'édiction de règles, de normes, de contraintes règlementaires et de « soft laws », afférentes au climat et s'appliquant aux institutions financières. L'idée était de faire de celles-ci le bras armé des pouvoirs publics pour forcer les entreprises à prendre des mesures destinées à décarboner l'économie.

De fait, les institutions financières ont joué le jeu. Nombre d'entre elles ont adopté des règles pour contribuer activement à la lutte contre le changement climatique. Les banques conditionnent désormais l'octroi de prêts à leurs clients à des engagements en matière de transition énergétique. Un nombre croissant de (ré) assureurs n'assurent plus certaines activités polluantes. Et de plus en plus d'investisseurs institutionnels intègrent ces considérations dans leur politique de placement, voire dans leur politique de votes en assemblée générale, conditionnant leur soutien aux entreprises à la mise en oeuvre de mesures fortes en faveur du climat.

Les initiatives internationalesNet Zero Asset Owner Alliance et Net Zero Insurance Alliance, qui rassemblent respectivement les investisseurs et les (ré) assureurs s'engageant à assurer la transition de leurs portefeuilles de placements et de risques vers la neutralité carbone d'ici à 2050, rallient sans cesse de nouveaux membres. Aussi, le « verdissement » de la finance est un développement profond.

Si ce développement doit être salué et poursuivi, il est hélas loin d'être suffisant. D'abord parce que les institutions financières ne sont pas toutes impliquées au même degré dans ces actions. Des pans entiers du système financier de certains pays… ne font rien. Ensuite parce que ces actions sont intrinsèquement limitées dans leur efficacité et leur portée. Les institutions financières n'ont pas de pouvoir d'imperium, de police, de sanctions. Et le réchauffement se poursuit !

Le dernier rapport du GIEC conforte l'idée qu'il faut introduire dès que possible une taxe carbone au niveau mondial, seule susceptible d'assurer que l'ensemble des prix et donc que l'allocation de capital au niveau macroéconomique est compatible avec la maximisation à long terme du bien-être collectif. Il faudra bien sûr veiller à maîtriser les effets de répartition que cette taxe créera à la fois entre les nations et au sein des nations. Il y a des solutions pour introduire une taxe carbone juste.

Mais les gouvernements ne peuvent plus fuir leurs responsabilités. Briser la « tragédie de l'inaction » est un impératif catégorique, que l'on doit aux générations futures. Il y a urgence.

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