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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

Charte LGBT+ de l'enseignement supérieur : un an après, où en est-on ?


À l'automne 2022, six universités et écoles signaient une nouvelle charte d'engagement avec l'association L'Autre Cercle. Que s'est-il passé depuis ? « Les Echos START » a pris le pouls auprès d'établissements et d'associations étudiantes.

Le principe de la charte d'engagement LGBT+ de L'Autre Cercle n'est pas nouveau : cela fait déjà dix ans que l'association travaille avec des entreprises et organisations publiques sur l'inclusion des personnes LGBT+ dans le monde du travail. Il y a tout juste un an, le 13 octobre 2022, cette démarche s'est étendue aux universités et écoles. Avec six premiers établissements signataires : les universités de Lorraine et de Montpellier, Centrale Nantes, EM Normandie, Kedge et Montpellier Business School. Et, en juin, l'emlyon a allongé cette liste en signant à son tour la charte.

Etendre le périmètre de la charte à l'enseignement supérieur est un enjeu essentiel pour Catherine Tripon, porte-parole de l'association : « Ces établissements forment les élites de demain. Or, être étudiant ne signifie pas être à l'abri de comportements inappropriés, de stéréotypes et de préjugés. » Objectif : créer des conditions permettant aux élèves de ne pas subir de discriminations ou, si c'est le cas, de pouvoir les signaler et ne pas être isolés. Concrètement, l'association rencontre les équipes des établissements, réalise avec eux des ateliers et aide les signataires dans la mise en place de leur plan d'action.

Actions concrètes

La charte a été signée pour trois ans et, sans avancées sur cette période, le titre de signataire ne sera pas reconduit. Alors, les établissements sont-ils dans les clous ? Et une charte est-elle seulement utile pour changer les mentalités ?

« L'avantage est qu'elle n'est pas une simple déclaration d'intention. Avant de la signer, il y a eu tout un processus de validation, nous avons dû montrer patte blanche et valider un plan d'action complet avec L'Autre Cercle. C'est cette démarche sérieuse qui nous a d'ailleurs convaincus », pose Julien Soreau, responsable du service équilibre et inclusion de l'EM Normandie. Depuis, l'école a par exemple revu tous ses formulaires afin de les rendre plus inclusifs, en permettant par exemple à ceux qui le souhaitent de ne pas préciser leur genre. Les étudiants en transition peuvent demander l'utilisation d'un prénom usuel et être genrés selon leur volonté. Ces démarches ne sont pas anodines, puisque 22 % des membres de la génération Z (nés après 1997) s'identifient LGBT+, selon un sondage Ipsos publié l'été dernier.

L'université de Lorraine a elle aussi apprécié l'obligation de mettre en place un plan d'action. « Nous avions déjà des dispositifs de signalement, des campagnes de communication, mais la charte nous a conduits à rassembler tout ce que nous faisions et à créer un plan structurant », explique Pascal Tisserant, vice-président égalité, diversité, inclusion (EDI) de l'université.

Depuis la signature ? L'université de Lorraine a créé une trentaine de cellules EDI locales, réparties sur sa cinquantaine de sites, avec au total 300 étudiants et personnels mobilisés. Chacune peut organiser des événements ou encore recueillir des signalements ou témoignages. Un module en ligne de sensibilisation de deux heures est désormais proposé à ses quelque 62.000 étudiants. Celui-ci contient des vidéos et informations sur les questions LGBTQIA +, homophobie, non-binarité… « Quand ils se connectent sur leur plateforme de cours, les étudiants voient tous ce module, qui est aussi accessible aux personnels », indique Yves Cardellini, délégué EDI et handicap. Objectif pour aller plus loin : rendre ce module obligatoire à tous les nouveaux étudiants dès la rentrée 2024.

Elève ingénieur à Centrale Nantes et président de l'association LGBT+ Stonewall, Anthonin voit d'un bon oeil cette signature : « Ce n'est pas que de la communication. Je trouve que l'école est en avance sur ces questions. Il y a beaucoup de sensibilisation sur l'inclusion, et les propos LGBTphobes sont réprimandés par l'administration. Cela permet aux étudiants LGBT de se sentir en sécurité. »

À Kedge, Georges-Wilfried, vice-président de l'association Phoenix égalité des chances, observe aussi une mentalité plus inclusive : « L'an dernier, une étudiante en période de transition a subi des remarques de la part de camarades. Le service 'wellness' de l'école a vite réagi et échangé avec les étudiants en question, afin de leur faire prendre conscience de leur faute. Et cela s'est bien terminé. Il est essentiel que nous puissions tous étudier dans un climat de confiance. »

Des mails de fierté

« Cela participe au progrès », acquiesce Lison, étudiante en psychologie sociale à l'université de Lorraine. « Le sujet devient moins tabou, et pour continuer d'avancer, il faut éduquer aussi bien les étudiants que les enseignants. Le travail doit être fait avec tous les acteurs de l'établissement, pour dire que non, certains propos ne sont pas acceptables. » Et libérer la parole. Selon le baromètre 2020 du Collectif des associations étudiantes LGBT+ d'Ile-de-France, un étudiant LGBT+ sur dix a été victime de « LGBTphobie ». Et plus de huit sur dix ne signalent pas les faits. 

Si ces établissements n'ont pas encore mis en place d'outils d'évaluation de leurs actions, ils assurent déjà voir du mieux. Et avoir des retours auxquels ils ne s'attendaient pas… « Nous avons reçu des mails de collègues qui ont exprimé leur fierté de participer à un tel dispositif comme je n'en ai jamais reçu sur aucun autre projet », confie Pascal Tisserant, de l'université de Lorraine. On lui demande s'il a aussi observé des résistances ou des désaccords : « Non, je pensais que l'on en aurait et je n'en ai pas entendu. Et c'est déjà un succès, quelque part, si les personnes qui sont contre se font discrètes. »

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