• Thierry Bardy

Coup de frein sur la croissance des champions américains du cloud


Florian Dèbes


Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud affichent des performances loin de leurs standards. Leurs clients ont modéré leur consommation sur leurs plateformes d'informatique en ligne.

Ce n'est pas encore la tempête, mais la météo est en train de changer sur le marché du « cloud computing ». « L'hiver est là, il arrive pour tout le monde et aucun éditeur de logiciels ne sera épargné », résume Alex Zukin, analyste chez Wolfe Research. La lecture des récents résultats trimestriels des champions américains de l'informatique en ligne lui donne raison.

Pionnière d'un marché qu'elle domine largement depuis seize ans, la filiale informatique d'Amazon vient ainsi d'annoncer sa plus faible croissance trimestrielle depuis que le groupe a commencé à détailler ses résultats en 2014. Avec un chiffre d'affaires de plus de 20 milliards de dollars entre juillet et septembre et en progression de 27,5 %, Amazon Web Services (AWS) affiche certes toujours une grande forme. Mais le numéro un mondial de la mutualisation de serveurs a sérieusement ralenti par rapport à la progression de 38 % enregistrée un an auparavant. Et même en faisant la comparaison avec la hausse de 33 % constatée au printemps dernier…

Contrôle des coûts

« En raison des incertitudes macroéconomiques du moment, nous avons constaté une augmentation du nombre de clients AWS concentrés sur le contrôle des coûts », a sobrement expliqué le directeur financier d'Amazon, Brian Olsavsky, lors d'une conférence avec des analystes. Avant de souligner que la plateforme AWS propose aussi des services à bas prix pour les clients qui surveillent l'inflation et leurs factures comme le lait sur le feu. Autant en ce qui concerne les serveurs eux-mêmes que les logiciels mis à disposition sur ces machines… Du côté des marges, AWS souffre par ailleurs d'une multiplication par deux de ses coûts énergétiques.

Deux ans après l'envolée du marché pendant l'épidémie de Covid-19, le ralentissement du rythme de croissance est aussi perceptible chez les rivaux les plus proches d'Amazon. Chez Microsoft, les services Azure ont vu leurs revenus croître de « seulement » 35 % au dernier trimestre. Toujours aussi discrète sur le chiffre d'affaires de sa plateforme, l'entreprise de Redmond précise que la croissance aurait été de 42 % sans compter les effets de change avec un dollar fort en ce moment. Mais c'est toujours moins que les +46 % enregistrés un an plus tôt.

La situation est sensiblement similaire chez Google Cloud qui est passé en un an d'un taux de croissance de 45 % à 37 %. Sur le trimestre estival, la filiale non rentable a généré un chiffre d'affaires de 6,8 milliards de dollars, en comptant les revenus issus de ses logiciels de bureautique Workspace.

Ces résultats moins flamboyants que d'habitude sont du pain bénit pour les concurrents du tiercé de tête. Ce dernier contrôlait l'an dernier les deux tiers du marché mais la situation pourrait changer. « La situation macroéconomique n'explique pas à elle seule ce qui se passe sur le marché du cloud. Le marché est aujourd'hui plus mature et le multicloud s'impose post-Covid comme un standard. Dans la réalité, les entreprises ne misent pas tout sur un unique fournisseur de cloud, elles en ont plusieurs. Cela signifie que lorsque certains acteurs espéraient 100 % d'un appel d'offres, ils n'en obtiennent plus que 25 % », assure Christophe Négrier, le directeur général d'Oracle en France.

« Faire plus avec moins »

Pour le trimestre en cours, les perspectives d'Amazon, de Microsoft et de Google ne sont guère plus réjouissantes malgré les hausses de prix décidées ces derniers temps pour faire face à l'inflation. La directrice financière de Microsoft, Amy Hood, prévoit par exemple une baisse de 5 points par rapport aux trois mois précédents en ce qui concerne le taux de croissance à change constant des revenus d'Azure. Certes, de nouveaux clients souscrivent mais les anciens consomment moins le service pour faire des économies.

Paradoxalement, les plateformes cloud payent en ce moment ce qui, aux yeux de leurs patrons, fera de nouveau leur succès à moyen terme. La possibilité pour les clients d'ajuster leurs factures en fonction de leur propre activité est depuis longtemps l'une des promesses du cloud. Cet engagement coûte aujourd'hui à Amazon, Microsoft et Google. Mais voir des entreprises profiter de cette flexibilité pourrait aussi convaincre de nouveaux clients de sauter le pas.

« Basculer dans le cloud est le meilleur moyen pour une organisation de faire plus avec moins », a pointé Satya Nadella, le PDG de Microsoft, lors d'une récente conférence avec des analystes. Le potentiel est énorme. L'immense majorité de l'informatique d'entreprise n'est pas dans le cloud mais pourrait y migrer tôt ou tard.

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