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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

IA générative : et maintenant, que va-t-il se passer ?


Gilles Babinet

En mars 2000, Cisco était la seconde société la plus valorisée au monde derrière Microsoft. L'analyse des investisseurs se résumait alors à une notion très simple : « Si les routeurs sont indispensables pour faire fonctionner Internet, par conséquent Cisco est la société la plus importante de l'Internet. » Une erreur d'analyse majeure, qui pourrait bien se répéter avec l'IA.

Beaucoup d'acteurs sont prétendants au rôle de chef de file dans l'IA de demain. Ainsi des fabricants de processeurs et des centres de calculs, ce qui justifia que Nvidia (qui est désormais les deux) soit l'une des sept entreprises dans le monde à valoir plus d'un trilliard de dollars. Un pari périlleux tant les nouveaux calculateurs aux capacités plus ébouriffantes les uns que les autres apparaissent fréquemment.

Il y a également les grands modèles d'IA : les Anthropic, OpenAI, Meta, Mistral… C'est une possibilité. On peut néanmoins observer que le niveau de concurrence dans ce domaine est inhabituellement élevé, et on peut légitimement se demander si tout le monde parviendra à gagner sa place au soleil.

Existent également les acteurs spécialisés : ceux qui utilisent ces larges modèles pour les rendre performants dans un secteur particulier : la finance, le journalisme, la programmation, etc. Il n'y a pas un grand risque à affirmer que certains de ces acteurs vont connaître des croissances spectaculaires, tant l'efficacité des LLM est puissante dans certains domaines, à l'instar de celui de la programmation.

« Organise les vacances »

Là encore, faire des parallèles historiques est intéressant : au début les grands microprocesseurs faisaient tout : la cryptographie, la compression, l'imagerie… mais rapidement, sont apparus des spécialistes dans chacune de ces fonctions et les rôles se sont segmentés.

Quant aux Gafam, ils ne vont certes pas se laisser facilement distancier. Le grand pari pour plusieurs d'entre eux consiste déjà à développer des assistants IA : des applications qui accéderont aux données de l'ensemble de nos applications, qui écouteront (avec notre consentement) nos conversations et qui nous connaîtront mieux que personne. On pourra ainsi leur confier des tâches comme « organise les vacances, incluant les trains, les locations, les loisirs », tout cela en tenant compte des goûts particuliers des uns et des autres ; ou encore « réorganise les cinq réunions de mon agenda de sorte que je ne travaille pas demain ».

Au-delà du fait d'accéder à nos données intimes, la grande caractéristique de ces IA sera leur capacité de négocier avec d'autres IA afin d'optimiser le prix des billets d'avion tout comme les dates de réunion des collaborateurs dans les logiques coopératives ou compétitives décrites par le mathématicien John Nash. A terme, il est possible que notre civilisation soit largement appuyée par des centaines de millions d'assistants AI, négociant en permanence (dans un langage qui nous serait tout aussi bien inconnu) pour optimiser nos usages. Des fonctions qui nous prennent encore aujourd'hui beaucoup de temps (organiser les vacances, nos voyages, le budget familial, la gestion administrative, nos rendez-vous…) pourraient être invisibilisées d'ici quelques années. Ce n'est pas de la science-fiction, des expériences très crédibles à petite échelle sont déjà testées.

Et l'Europe ? Elle est largement suspendue à l'annonce de l'AI Act, actuellement en discussion « trilogue » entre Parlement, Commission et Conseil. Imaginer une seconde que ce texte va retourner la table serait fatal. Si l'Europe veut revenir dans la course, elle devra faire des choix politiques forts sur le financement, l'attraction de talents, le système éducatif et bien d'autres points.

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