• Thierry Bardy

L'objectif 2050 de neutralité carbone vu de la fenêtre des patrons

L'objectif 2050 de neutralité carbone vu de la fenêtre des patrons


Muryel Jacque


Relever le défi complexe de la baisse des émissions de gaz à effet de serre suppose de tout changer en même temps, relève dans un rapport le BCG, qui a sondé des dizaines de dirigeants.

A Glasgow, début novembre, la COP26, la grand-messe de l'ONU sur le climat, a fait le plein de grands patrons. « On se croyait à Davos », sourit Michel Fredeau, le responsable mondial du sujet climat au Boston Consulting Group (BCG), rentré d'Ecosse avec une « impression très forte » par rapport à la COP21, qui s'était tenue à Paris six ans plus tôt, celle « d'un engagement spectaculaire des entreprises, plus ambitieux que celui de certains Etats ».

Poussées par « l'enjeu vital » ou la volonté des actionnaires, plus de 5.500 entreprises dans le monde visent désormais la « neutralité carbone » d'ici à 2050. Un concept qui n'est pas toujours précisément défini. Mais la dynamique est là, en particulier en Europe. Et la France « n'a pas à rougir », assure Michel Fredeau : 80 % des entreprises du CAC40 ont des objectifs climat validés scientifiquement par l'initiative Science-Based Targets (SBTI) qui fait référence. Au classement exigeant de l'ONG Carbon Disclosure Project (CDP), publié la semaine dernière, dans l'Hexagone, 23 groupes ont décroché un « A » climatique, dont Danone, L'Oréal et Sanofi.

Dans un rapport, le BCG a sondé une trentaine de dirigeants pour savoir comment ils abordaient ce défi. « Tous sont déterminés àprendre leur part », et s'ils sont conscients des opportunités de croissance, ils le sont aussi du risque qu'il y aurait à ne pas accélérer.

« Enjeu vital »

« Les entreprises qui ne font pas l'effort de décarbonation seront jugées sévèrement par la communauté et mises de côté par leurs actionnaires et leurs employés », dit ainsi le PDG de Cartier, Cyrille Vigneron. « L'enjeu climatique est un enjeu vital pour nous. Il faut que l'on prouve que, dans le monde décarboné de demain, il est possible d'intégrer l'aviation », abonde de son côté la directrice générale d'Air France, Anne Rigail.

« Les grandes entreprises françaises ont beaucoup avancé sur les leviers de décarbonation les plus faciles, et elles commencent à mesurer la complexité des réponses à apporter au défi climatique », relève Michel Fredeau. La course ne fait que commencer. L'offre, la demande, les process, la comptabilisation des émissions carbone, la régulation, les modèles de décision, l'orientation des flux financiers… Parvenir au « net zéro » d'ici à 2050 suppose de tout changer en même temps, prévient le BCG, selon qui les feuilles de route « se dessinent de plus en plus clairement ».

Des entreprises testent de nouveaux modèles économiques. Alors que des matériaux comme l'acier « propre » ou le ciment « neutre en carbone » seront entre 70 % et 80 % plus chers à fabriquer en 2030, certaines travaillent avec toute la chaîne de valeur pour lisser le coût de la transition. Sur une voiture vendue 30.000 euros, le surcoût pour le consommateur serait inférieur à 500 euros, de moins de 3 euros pour un smartphone à 400 euros, ou de moins d'un euro pour un jean à 40 euros, selon le Boston Consulting Group.

Les dirigeants ont compris que la transition est aussi « un sport d'équipe », écrivent les auteurs du rapport. Les coalitions nationales et internationales fleurissent. « Nous regardons avec intérêt les initiatives visant à définir un référentiel commun sur l'agriculture, car nous avons intérêt à nous mettre d'accord avec nos pairs, expose le directeur général de Bonduelle, Guillaume Debrosse. Nous sommes sur les mêmes terres que McCain, par exemple. »

Reste pour les entreprises un challenge de taille, celui de se fixer des objectifs dès maintenant, alors qu'elles ne savent aujourd'hui en atteindre qu'une partie - et que leurs dirigeants actuels ne seront plus là depuis longtemps au mitan du siècle. « On leur demande un peu de sauter dans le vide », résume Michel Fredeau.

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