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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

La répartition salaire-profit, clé de la croissance


Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur

Le débat sur la répartition salaire-profit est désormais lancé de trois manières différentes. Le récent accord syndicat-patronat a élargi les conditions de la participation et de l'intéressement.

L'inflation relance le débat sur l'indexation des salaires. Enfin, le caractère optimal de telle ou telle répartition est une interrogation, compte tenu des inégalités croissantes.

Pourquoi ce débat est-il majeur ? Des profits trop faibles induisent un risque de sous-investissement et d'innovations insuffisantes ; des profits trop élevés, un risque de demande insuffisante.

Dans la lignée de la pensée de David Ricardo, tous les grands économistes des XIX et XX siècle se sont interrogés sur ce subtil équilibre.

Ricardo pensait que la répartition est le problème majeur de l'économie politique et qu'on s'acheminait vers un état stationnaire où elle est définie par un simple salaire de subsistance pour les travailleurs. Puis vint le fordisme, avec cette idée forte que le travailleur est aussi un consommateur à favoriser. Cela donnera aux salariés une capacité de négociation qu'ils n'avaient jamais eue.

Enfin, depuis le début de ce millénaire, la part du profit dans le revenu augmente dans toutes les économies avancées, tandis que la croissance ralentit fortement, au point de susciter l'inquiétude d'une stagnation séculaire.

C'est la raison pour laquelle nous avons développé une nouvelle vision de la croissance et de la répartition dans un ouvrage très récent* et avons confronté les résultats théoriques à la réalité.

Il est démontré à quel point l'évolution de cette répartition salaire-profit détermine la croissance de long terme et explique notamment son affaiblissement dans les dernières décennies.

Selon un premier enseignement, la croissance de l'emploi est maximale pour une répartition de deux tiers pour les salaires et donc d'un tiers pour les profits.

L'économie américaine l'illustre parfaitement pendant la longue période de prospérité et de forte création d'emplois de 1875 à 2000, avec une part du profit proche d'un tiers. Depuis les années 2000, cette part croît pour atteindre 39 % ces dernières années, tandis que la croissance économique est divisée par deux depuis la « Grande Récession » de 2008.

Selon le deuxième enseignement, la hausse de la part du profit entrave la croissance de la production et de la productivité, tandis qu'elle renforce évidemment les inégalités sociales, ce qui contredit tout effet supposé de ruissellement sur le long terme.

Le Japon l'illustre de manière aiguë avec une part du profit qui s'est hissée de 26 % autour de 1960 jusqu'à 39 % ces dernières années, dans un contexte de stagnation séculaire sans fin depuis les années 1990. C'est aussi le cas pour la très grande majorité des économies européennes.

En France, la part du profit a crû de 27 % durant les Trente Glorieuses à 36 % jusqu'à la crise de 2008. Mais, contrairement aux autres pays, la part du profit revient ensuite à une répartition en apparence idéale. En réalité, de grandes disparités existent entre les petites et les grandes entreprises pour lesquelles la part du profit est très élevée, autour de 44 %.

La répartition salaire-profit optimale est la variable qui permet de retrouver une croissance suffisante et mieux partagée, tout en surmontant les défis considérables liés aux transitions démographiques et climatiques en cours.

* « Global Theory of Growth and Distribution », éditions Economica, 112 pages, 23 euros.

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