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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

Le futur Eco-score doit se fonder sur la science


Imposé aux marques alimentaires dès janvier 2024, l'Eco-score permettra d'identifier l'impact environnemental des aliments. Mais, la fiabilité de cette information est menacée par l'action de certains lobbies de l'agriculture biologique, déplore Christophe Girardier. Il souhaite que le futur Eco-score ne soit pas fondé sur des choix politiques arbitraires.


Au Nutri-score déjà existant, devrait s'ajouter l'Eco-score pour mesurer l'impact environnemental de la fabrication d'un produit alimentaire ou textile. (Romain Doucelin/SIPA) Par Christophe Girardier (expert environnemental, président de Glimpact) Le chemin vers l'Eco-score , promis il y a dix ans, est décidément semé d'embûches, avec des débats où s'opposent des lobbies, défendant leurs intérêts, et le gouvernement, qui entend que la méthode fondant cet Eco-score reflète ses propres choix politiques. Quatre ONG environnementales, dont le combat est éminemment respectable, viennent ainsi de remettre au gouvernement une pétition, signée par 85.000 personnes, demandant que ce prochain Eco-score soit « compréhensible et affiché clairement sur les emballages, intègre les enjeux du changement climatique », mais aussi, et c'est là que la divergence s'installe : « affiche le mode d'élevage pour les produits d'origine animal » et les « modes de production pour les produits agricoles ». Cette pétition, que beaucoup ont signée de bonne foi, ne dit pas la réalité de ses objectifs : la défense de l'agriculture bio. Derrière cette démarche, il y a ce que l'on appelle communément un lobby : l'Institut technique de l'agriculture biologique (Itab), qui a même son propre Eco-score, le « planète-score ». Vision biaisée Pourquoi cette démarche est-elle arbitraire, et donc contestable ? Car, outre le fait qu'elle défend une vision biaisée de l'empreinte environnementale des produits agricoles, elle mélange aussi des considérations qui ne sont pas du même ordre et nuit à la rigueur scientifique qui doit présider à la mise en place de l'Eco-score. Un Eco-score qui doit nous donner une information fiable sur l'empreinte environnementale de nos choix de consommation, et donner aux industriels les bons leviers de réduction de l'impact de leurs produits, afin d'entamer une vraie transition écologique. La phrase qui va suivre ne va pas plaire, car elle vient contester une idée reçue tenace, mais totalement fausse : non, le bio n'est pas nécessairement un critère de performance environnementale a priori. L'appellation bio est un label qui porte sur certaines exigences de production, en particulier : l'interdiction des pesticides d'origine chimiques ou encore des OGM. Mais le bio ne prend pas du tout en compte des aspects environnementaux, pour autant essentiels, telles que l'utilisation des ressources en eau, la surutilisation des terres agricoles, ou encore l'impact de pesticides ou autres intrants d'origine non chimique. 16 impacts de l'activité humaine La seule manière de calculer l'impact environnemental d'un produit, c'est de se baser sur la méthode PEF (Product environmental footprint) recommandée officiellement par la Commission européenne, qui s'appuie notamment sur le concept de l'analyse du cycle de vie (ACV) qui, pour reprendre les termes de l'Ademe, est « l'outil le plus abouti en matière d'évaluation globale et multicritère des impacts environnementaux ». Concrètement, il s'agit d'évaluer l'impact d'un produit en prenant en compte les 16 catégories d'impacts de l'activité humaine sur la planète, depuis l'extraction des matières premières nécessaires à sa fabrication jusqu'à sa « fin de vie ». Et quand on respecte les exigences de l'analyse du cycle de vie, on se rend compte que l'impact environnemental des produits bio peut être, selon les pratiques agricoles (il y a autant de pratiques agricoles bio que d'agriculteurs) moins ou beaucoup plus important que celui des produits conventionnels. Cela ne signifie pas que l'agriculture bio est nécessairement néfaste pour l'environnement, mais qu'elle n'est pas forcément plus vertueuse que l'agriculture conventionnelle. Lire aussi : Une pomme bio, par exemple, peut avoir jusqu'à trois fois plus d'impact qu'une pomme issue de l'agriculture conventionnelle. Pourquoi ? Parce qu'il faut tout prendre en compte et notamment les consommations d'eau, les intrants non chimiques, l'utilisation des terres agricoles, ou encore l'utilisation d'énergie. Approche systémique La morale de cette histoire, c'est qu'il faut sortir des considérations idéologiques, qui sont toujours la cause de choix arbitraires, et aller chercher ce qui justement nous délivre de l'arbitraire : l'appui de la science. Le calcul de l'impact environnemental est un exercice complexe. Un seul critère ne peut suffire. Il faut une approche systémique et prendre en compte tous les facteurs. C'est ce chemin que doit prendre le gouvernement pour la mise en place de l'Eco-score . Il doit le faire vite et donc s'appuyer sur l'immense acquis que représente la méthode PEF. S'il ne le fait pas maintenant, il portera une lourde responsabilité dans l'échec de la défense de notre planète, comme le lui a rappelé cruellement le Haut Conseil pour le climat. Christophe Girardier est PDG de Glimpact.

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