• Thierry Bardy

Les start-up européennes de la cybersécurité à la traîne



Adrien Lelièvre


Sur le Vieux Continent, les start-up du secteur ont levé près de 2 milliards d'euros en 2021, un montant record, mais les américaines ont dans le même temps amassé plus de 17 milliards.

Si la tech accélère fortement sur le Vieux Continent - au point d'être décrit par certains investisseurs étrangers comme un nouvel eldorado -, les start-up de la cybersécurité ont encore du chemin à parcourir face à leurs rivales américaines et israéliennes.

Les progrès sont pourtant significatifs : le nombre de levées de fonds des spécialistes du secteur a bondi de 34 % entre 2020 et 2021 (205 opérations), selon le baromètre ACE de l'investissement en cybersécurité réalisé par Tikehau. Au total, les jeunes pousses européennes ont amassé près de deux milliards d'euros l'an dernier, pulvérisant le record de 1,1 milliard en 2019. Le montant moyen des tours de table s'élève à 9,7 millions d'euros, contre 6,5 millions il y a trois ans. Une conséquence de la maturation des pépites de l'écosystème, qui ont vu le jour il y a quelques années et ont besoin de plus de cash pour leur R&D et mener leur développer à l'international.

Un marché trop fragmenté

A titre de comparaison, les start-up américaines de la cybersécurité ont amassé plus de 17 milliards d'euros en 2021, soit huit fois plus que leurs rivales européennes ! Parmi les quinze sociétés devenues licornes en 2021, treize sont basées aux Etats-Unis.

Les deux continents ont beau avoir un nombre d'habitants assez proche, la ressemblance s'arrête là. « Le marché européen reste trop cloisonné », décrypte Guillaume Tissier, le directeur associé d'Avisa Partners et organisateur du Forum international de la cybersécurité à Lille. « Il y a aussi une appétence pour le risque supérieure aux Etats-Unis. La domination américaine dans le logiciel profite aussi aux acteurs locaux de la cybersécurité », poursuit-il. Plus fondamentalement, les Etats-Unis se sont lancés plus tôt dans la course et ont des fonds d'investissement aux poches plus profondes.

Plus surprenant, les pays européens font à peine mieux qu'Israël (1,68 milliard récolté en 2021). Le pays ne compte que 9,2 millions d'euros mais possède des universités d'excellence, une armée puissante avec des liens forts dans l'écosystème start-up, et une relation privilégiée avec les Etats-Unis, qui constitue un débouché naturel.

La France apparaît comme l'une des valeurs montantes en Europe et est arrivée en deuxième position en nombre de levées de fonds en 2021 (502 millions d'euros), derrière le Royaume-Uni (587 millions). Les investissements dans l'Hexagone ont progressé de plus de 400 %, même si ce chiffre est surtout tiré par le gros tour de table de Ledger (380 millions de dollars), qui offre des solutions sécurisées pour les détenteurs de cryptos.

Des jeunes pousses tricolores convoitées

Cette augmentation se répercute sur la taille moyenne des levées, qui s'élève à près de 20 millions cette année, contre 6 millions en 2020. Parmi les nouvelles locomotives de l'écosystème, on peut citer GitGuardian, DataDome, Evina ou encore YesWeHack.

Les pépites tricolores attirent de plus en plus de fonds étrangers, voire passent sous la coupe de grands groupes. En 2021, Alsid a été avalé par Tenable, un groupe côté au Nasdaq. Sqreen a, pour sa part, été acheté par Datadog, fondé par deux « Frenchies » à New York. Ces rachats précoces de sociétés à gros potentiel ont été beaucoup commentés alors que la souveraineté est au coeur des questions de cybersécurité. « Je ne vois pas comme une menace le fait que des start-up françaises se vendent ou attirent des investisseurs étrangers, relativise Guillaume Tissier. Même si, bien sûr, il ne faut pas qu'il n'y ait que ça. »

Alors que les menaces cyber sont de plus en plus fortes, le directeur associé d'Avisa Partners estime que la commande publique doit jouer un grand rôle pour aider les start-up à trouver leur marché trouve que les groupes du CAC 40 sont parfois un peu frileux. « La commande privée ne se décrète pas, mais on peut la faciliter », plaide-t-il, en suggérant par exemple de jouer sur des incitations fiscales.

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