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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

Pour une révolution vertueuse de l'innovation

Constance Bommelaer de Leusse C'est une sensation de vertige qui se propage. La communauté scientifique et l'opinion publique ont pris conscience des bouleversements induits par les évolutions technologiques en cours. Le phénomène Chat GPT n'est que la vague qui précède la tempête.

Des milliers de chercheurs travaillent sur les technologies qui feront un monde de demain très différent : la réalité étendue permettra une expérience digitale plus immersive, changeant notre rapport au réel ; la neurotechnologie décuplera les capacités cognitives et autorisera une connexion des cerveaux aux réseaux ; la technologie quantique fera entrer l'extrêmement complexe dans l'infiniment petit ; le Web3 pourrait également décentraliser les flux de savoir et d'argent, échappant aux monopoles actuels des Etats et des plateformes.

Si rien ne peut arrêter ce flot, il est encore temps de le canaliser pour le bien commun. Certains appellent à un moratoire sur l'innovation. Quel danger ! Nous serions bien vite dépassés et dépendants d'une innovation étrangère, et soumis à leur système de valeurs. Au contraire, il faut accélérer, sur deux fronts intimement liés : l'innovation et l'éthique.

Les grandes révolutions ont toutes eu des effets mortifères appelant à des corrections a posteriori. La première révolution industrielle a démultiplié la misère des classes ouvrières ; la seconde a engendré la catastrophe écologique que l'on paye aujourd'hui ; la révolution digitale a entraîné la captation des flux par une poignée de géants privés, des menaces sur nos données et la déstabilisation des démocraties.

L'enjeu n'est pas de stopper la révolution en cours, mais bien de la rendre vertueuse a priori. Ce qui appelle à adopter une méthode nouvelle. L'urgence est de mettre à la même table les concepteurs, les experts, les législateurs et les décideurs, le monde académique, les entrepreneurs, la société civile, les experts de la gouvernance, privé et public confondus.

Nous devons décider comment encadrer ces changements majeurs dès leur conception, en identifiant dès maintenant des pratiques vertueuses en matière de gouvernance éthique de la technologie.

Une première proposition est de décloisonner la recherche, l'industrie et les pouvoirs publics en créant des groupes de travail multi-acteurs précédant systématiquement toute nouvelle régulation ; au Brésil, cette méthodologie est inscrite dans la Constitution pour une meilleure efficacité et légitimité du processus législatif.

L'adoption d'une approche normative agile est une autre piste sur laquelle il faut avancer : les règles que l'on mettra en place doivent inclure une revue régulière pour rester en phase avec l'innovation sans avoir à relégiférer systématiquement ; à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), on appelle cela une « risk-based approach ».

Pour toute innovation technologique, il faut également inviter les parties prenantes à réfléchir à l'intégralité du cycle de l'innovation, avec des critères éthiques précis, à chaque stade : des normes pour des investissements éthiques dans la tech - aujourd'hui quasiment inexistantes -, pour la chaîne de développement industrielle et pour des usages individuels sobres et responsables.

Enfin, il faut encourager les entreprises technologiques à créer systématiquement des postes de « chief ethics officer » qui pourront peser dans le processus décisionnaire au niveau du comex. La vague technologique qui va bouleverser nos sociétés arrive. Il nous faut être tout aussi innovants dans notre approche pour la gouverner, sans quoi nous serons submergés.

Constance Bommelaer de Leusse

C'est une sensation de vertige qui se propage. La communauté scientifique et l'opinion publique ont pris conscience des bouleversements induits par les évolutions technologiques en cours. Le phénomène Chat GPT n'est que la vague qui précède la tempête.

Des milliers de chercheurs travaillent sur les technologies qui feront un monde de demain très différent : la réalité étendue permettra une expérience digitale plus immersive, changeant notre rapport au réel ; la neurotechnologie décuplera les capacités cognitives et autorisera une connexion des cerveaux aux réseaux ; la technologie quantique fera entrer l'extrêmement complexe dans l'infiniment petit ; le Web3 pourrait également décentraliser les flux de savoir et d'argent, échappant aux monopoles actuels des Etats et des plateformes.

Si rien ne peut arrêter ce flot, il est encore temps de le canaliser pour le bien commun. Certains appellent à un moratoire sur l'innovation. Quel danger ! Nous serions bien vite dépassés et dépendants d'une innovation étrangère, et soumis à leur système de valeurs. Au contraire, il faut accélérer, sur deux fronts intimement liés : l'innovation et l'éthique.

Les grandes révolutions ont toutes eu des effets mortifères appelant à des corrections a posteriori. La première révolution industrielle a démultiplié la misère des classes ouvrières ; la seconde a engendré la catastrophe écologique que l'on paye aujourd'hui ; la révolution digitale a entraîné la captation des flux par une poignée de géants privés, des menaces sur nos données et la déstabilisation des démocraties.

L'enjeu n'est pas de stopper la révolution en cours, mais bien de la rendre vertueuse a priori. Ce qui appelle à adopter une méthode nouvelle. L'urgence est de mettre à la même table les concepteurs, les experts, les législateurs et les décideurs, le monde académique, les entrepreneurs, la société civile, les experts de la gouvernance, privé et public confondus.

Nous devons décider comment encadrer ces changements majeurs dès leur conception, en identifiant dès maintenant des pratiques vertueuses en matière de gouvernance éthique de la technologie.

Une première proposition est de décloisonner la recherche, l'industrie et les pouvoirs publics en créant des groupes de travail multi-acteurs précédant systématiquement toute nouvelle régulation ; au Brésil, cette méthodologie est inscrite dans la Constitution pour une meilleure efficacité et légitimité du processus législatif.

L'adoption d'une approche normative agile est une autre piste sur laquelle il faut avancer : les règles que l'on mettra en place doivent inclure une revue régulière pour rester en phase avec l'innovation sans avoir à relégiférer systématiquement ; à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), on appelle cela une « risk-based approach ».

Pour toute innovation technologique, il faut également inviter les parties prenantes à réfléchir à l'intégralité du cycle de l'innovation, avec des critères éthiques précis, à chaque stade : des normes pour des investissements éthiques dans la tech - aujourd'hui quasiment inexistantes -, pour la chaîne de développement industrielle et pour des usages individuels sobres et responsables.

Enfin, il faut encourager les entreprises technologiques à créer systématiquement des postes de « chief ethics officer » qui pourront peser dans le processus décisionnaire au niveau du comex. La vague technologique qui va bouleverser nos sociétés arrive. Il nous faut être tout aussi innovants dans notre approche pour la gouverner, sans quoi nous serons submergés.

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