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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

RSE : la pression s'accroît sur les PME


Hubert Vialatte


Les petites entreprises sont encore peu nombreuses à formaliser leur responsabilité sociale et environnementale. Pourtant, entre pression sociétale et réglementation, la contrainte va crescendo.

La route est encore longue pour les PME, qui partent de loin. Leur maturité en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) atteignait péniblement la note de 10 sur 20 dans une étude du cabinet spécialisé Goodwill Management, publiée au second semestre 2021. Sur la prise en compte des sujets environnementaux, la moyenne n'était pas même atteinte. Et si 85 % des PME de l'échantillon déclaraient être déjà entrées dans une démarche RSE, elles étaient seulement 24 % à les avoir formalisées dans une stratégie consacrée.

Pourtant, l'urgence est là. D'abord réglementaire. La nouvelle directive européenne CSRD qui contraint à publier un reporting de durabilité va progressivement s'appliquer à partir du 1er janvier 2024 aux entreprises qui cocheront deux des trois cases suivantes : 250 salariés, 40 millions de chiffre d'affaires et 20 millions de total de bilan. Elle est ensuite sociétale, et se manifeste d'ailleurs déjà par les exigences des clients, des fournisseurs, des banques et des salariés. « Les PME doivent entrer dans une démarche RSE aboutie. L'environnement actuel exige une montée en expertise, avec des actions, une politique définie et des indicateurs permettant de mesurer le niveau d'engagement et de maturité », insiste la consultante Marie Hebras, chez CSR Consulting.

Accès aux marchés

« De nombreuses PME sont en retard sur le sujet », reconnaît Daniel Weizmann, le président du Medef Ile-de-France. Or, dans les appels d'offres publics, la politique RSE pèse entre 8 et 15 % de la note finale. « C'est certes encore faible, mais cela peut faire basculer des affaires », souligne-t-il. Ce pourcentage, qui était de 5 % en 2010, est attendu en augmentation dans les années à venir. D'ici à 2030, la totalité des marchés devront ainsi prendre en compte un critère environnemental et 30 % s'attacher à une dimension sociale, selon le Plan national pour les achats durables.

Autre accélérateur : les exigences des grands comptes privés, à l'instar de Veolia, qui a mis en place un programme d'évaluation RSE de ses fournisseurs. « Ces évaluations rentrent dans nos critères de sélection lors des consultations, en prenant en compte les plans d'action d'amélioration dans les entreprises », explique Philippe Chapeau, directeur des achats et approvisionnements France de l'activité recyclage et valorisation des déchets. « L'impact environnemental de nos fournisseurs et de nos clients est intégré dans notre bilan annuel », enchaîne Elise Bon, directrice de l'environnement de Vinci Autoroutes. Ces impacts carbone indirects amont sont estimés à 800.000 tonnes de CO2 par an, alors que l'impact carbone direct de Vinci Autoroutes est de 22.000 tonnes.

Stratégie des petits pas

Dans ce contexte, le Medef fait de la pédagogie. Après les webinaires et les fiches, un compte Twitter dédié (@Medef_RSE) a été créé pour rappeler que « la RSE est un enjeu de compétitivité ». La demande serait grandissante, assure Daniel Weizmann. Dans le Gard, la CPME a lancé un « parcours RSE » pour démocratiser la RSE auprès des petites entreprises du département. « C'est le chantier de mon mandat, confie Sabrina Jean, présidente du syndicat patronal. Bon nombre d'entre elles voient la RSE comme un mur infranchissable et ne se sentent pas concernées. »

« Il ne s'agit pas d'imposer des enjeux hors-sol, admet Elise Bon, chez Vinci. Nous regardons la maturité de chaque marché. » Pour le changement des éclairages avec des LED, la société autoroutière a ainsi dans un premier temps demandé aux PME de présenter un simple bilan carbone qui sera ensuite affiné.

Nouvelle pour tout le monde et ne cessant d'évoluer, la RSE, dont le périmètre est de plus en plus large, nécessite des expérimentations. Et les commanditaires comme les organisations patronales encouragent « la stratégie des petits pas ». Daniel Weizmann, qui recommande aux chefs d'entreprise d'identifier les actions déjà mises en oeuvre, leur conseille de s'appuyer sur des salariés volontaires. Charge à eux de lancer la démarche sur leur temps de travail. « Une petite entreprise de maintenance a adapté son argumentaire commercial en fonction des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance, et, depuis, gagne des parts de marché », assure-t-il. Certaines PME montrent la voie. Pour se lancer dans l'économie circulaire - pour les vêtements professionnels de ses salariés -, Vinci Autoroutes s'en est ainsi remis à l'une d'elles.

T2S, qui a remporté le marché, s'est révélée experte sur les façons d'éviter le suremballage et d'opérer les reprises des vêtements usagés. Tri des déchets, récupération d'eau et offre de produits locaux, le pétrolier Dyneff (1,8 million d'euros de chiffre d'affaires) et le spécialiste énergétique Picoty (1,4 million d'euros de ventes) innovent aussi sur les aires autoroutières. « Les réponses de certaines PME frappent juste, en étant plus ciblées, et moins communicantes que celles des grands groupes », relève Elise Bon.

Sweep mesure l'impact carbone

La greentech montpelliéraine Sweep - 100 millions de dollars levés en un an - a développé un logiciel de pilotage de réduction des émissions de carbone, alors que, selon le BCG, 10 % des entreprises savent mesurer leurs émissions. « Les entreprises doivent pouvoir mesurer, suivre et réduire leur empreinte carbone », défend Rachel Delacour, la cofondatrice de la start-up, dont l'ancien ministre de l'Agriculture Julien Denormandie est le responsable RSE.

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