• Thierry Bardy

Snap veut maintenir son avance dans la réalité augmentée



H. Go.


Le Californien dévoile des outils qui permettront aux développeurs de créer des filtres de réalité augmentée plus perfectionnés. Son patron, Evan Spiegel, explique aux « Echos » comment son groupe compte s'imposer dans cet espace.

Ne lui parlez pas de métavers, mais de réalité augmentée. Le PDG de Snap, maison mère de Snapchat, a rendu publiques de nombreuses innovations lors du sommet annuel du groupe. « Parmi ce que nous avons annoncé pendant le sommet, il y a plusieurs nouveaux outils qui s'ajoutent à notre studio de réalité augmentée, Lens Studio, pour pouvoir créer de nouvelles expériences avec nos lunettes connectées, les Spectacles », explique-t-il dans une interview aux « Echos ».

Le groupe a également dévoilé le Pixy, un drone minuscule qui tient dans la paume de la main servant à prendre des selfies et à tourner des vidéos. De couleur jaune, ce dernier coûte 230 dollars (environ 220 euros). Il est disponible aux Etats-Unis et en France. C'est le deuxième produit de Snap depuis les Spectacles, des lunettes connectées qui serviront un jour à voir le monde en réalité augmentée.

Ces lunettes rectangulaires ont en effet été lancées en mai dernier, mais elles ne sont accessibles, pour l'instant, qu'à une communauté de développeurs. Ces derniers créent des filtres colorés, en 3D, qui viennent se superposer à la réalité devant les yeux de l'utilisateur. Parmi les nouveaux outils dévoilés par Snap jeudi figure la possibilité d'ajouter des reflets aux objets virtuels. Une fonction qui sera notamment utilisée par Tiffany pour créer des bijoux en réalité augmentée.

Contrôler les objets par la pensée

Un autre outil, baptisé « Lens Cloud », permettra aux créateurs de développer des objets virtuels qui seront visibles par plusieurs utilisateurs en même temps, ou encore de faire surgir un filtre placé à un endroit particulier du monde réel. Ce dernier restera au même endroit et sera visible par tous les utilisateurs de Spectacles qui passent par là. La première de ces installations virtuelles sera située dans le centre de Londres.

Ces deux dernières années, Snap a multiplié les acquisitions afin de concrétiser sa vision de la réalité virtuelle. Contrairement à Mark Zuckerberg qui parle régulièrement de métavers - jusqu'à changer le nom de son groupe en Meta -, le PDG de Snap emploie rarement le mot.

Mais cela n'empêche pas l'entreprise d'être en pointe sur la réalité augmentée - tout ce qui consiste à surimposer une couche virtuelle au monde réel. Et elle a bien l'intention de continuer à accélérer. Son dernier achat en date est la start-up française NextMind, dont les bandeaux non intrusifs, qui se portent sur le front, permettent de contrôler des objets par la pensée.

« L'un des défis aujourd'hui avec les lunettes de réalité augmentée est que les expériences sont très immersives, mais les façons d'interagir avec elles sont limitées », commente Evan Spiegel. « Les utilisateurs peuvent utiliser leur voix et leurs mains, mais si vous voulez utiliser vos mains, cela signifie que vous devez les agiter devant vous… Avec NextMind, l'idée est qu'un jour, dans longtemps, les gens pourront porter des lunettes et simplement regarder les choses avec lesquelles ils veulent interagir. »

Les Spectacles ne sont pour l'instant qu'un prototype et l'entreprise ne dit pas à quelle date elles deviendront une réalité pour le grand public. D'après des déclarations d'Evan Spiegel il y a deux ans, cela pourrait attendre 2030.

Mais la réalité augmentée présente déjà des applications concrètes, notamment pour le shopping en ligne. L'application Snapchat permet d'essayer vêtements, chaussures, maquillage et lunettes de soleil en se filmant et en superposant le produit en question à sa silhouette ou à son visage. Selon le groupe, plus de 250 millions de personnes ont utilisé l'application pour essayer 5 milliards de produits.

332 millions d'utilisateurs

Snap permet aux entreprises d'utiliser sa technologie pour créer des filtres de réalité augmentée avec leurs produits, et même de les reproduire sur leur site Internet. « L'une des nouveautés est que nous allons aider les entreprises à le faire avec des objets en 2D. Au lieu de scanner des objets en 3D et de les changer en objets virtuels, les marques pourront utiliser un catalogue 2D et permettre aux consommateurs d'essayer les produits » en réalité augmentée, explique le PDG.

Pour Evan Spiegel, ce n'est qu'un début. « Nous sommes encore si tôt sur le chemin vers la réalité augmentée que notre but principal reste de faire grandir cette activité », confie-t-il. « Nous monétisons déjà ces efforts et nous le ferons de plus en plus au cours du temps. Mais notre but principal, pour l'instant, est de faire grandir cette partie de notre activité. » L'application Snapchat est utilisée quotidiennement par 332 millions de personnes en moyenne… soit 143 millions de plus que Twitter, le réseau qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers jours. Quant à Snap, le groupe est régulièrement dans le rouge. En février, il a posté les premiers profits de son histoire - 22 millions de dollars en trois mois, pour 1,3 milliard de ventes - et décollé en Bourse. Mais le groupe a de nouveau perdu de l'argent au premier trimestre de cette année.


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