• Thierry Bardy

Souveraineté Les constellations seront nécessaires mais pas suffisantes pour Internet


Raphaël Balenieri Les Echos


Amazon et Tesla misent sur des satellites situés à 550 km de la Terre pour apporter Internet là où la 5G et la fibre optique n'arriveront jamais. Mais cette technologie n'offre pas le même débit ni la même latence et est souvent plus chère pour le consommateur.

La pandémie de Covid-19 a cloué les avions au sol… Mais pas les satellites des constellations en orbite basse, comme en témoigne l'investissement d'Eutelsat dans la start-up OneWeb, annoncé mardi. Bien au contraire, ces projets, censés apporter Internet en tout point du globe, se multiplient à vitesse grand V. Le Web satellitaire est même devenu un terrain d'affrontement entre les géants de la tech, Amazon et Tesla en tête.

Chacun avance ses pions : Amazon avec son projet Kuiper, et Tesla avec Starlink. Le groupe de Jeff Bezos, champion mondial de l'e-commerce, compte placer plus de 3.200 satellites en orbite basse, dont la moitié avant 2026. Le projet Starlink d'Elon Musk est, lui, plus avancé. Ses 1.300 satellites (sur un total de 4.400 à terme) sont déjà en orbite et ses services commercialisés.

Un marché de niche

Après les Etats-Unis, le Canada et le Royaume-Uni, Starlink arrivera même bientôt en France, le régulateur des télécoms, l'Arcep, lui ayant donné récemment son feu vert. OneWeb, de son côté, compte déjà 650 satellites et vise une commercialisation mondiale d'ici à 2022. Tous ces acteurs veulent capter un marché certes de niche, mais mondial, et peu exploité par les opérateurs télécoms. L'objectif n'est autre que de connecter toutes les personnes et entreprises qui, en raison de leur localisation difficile ou éloignée, ne seront jamais connectées, ni par les technologies mobiles (4G, 5G) ni par les technologies fixes, comme l'ADSL ou la fibre.

Selon OneWeb, la moitié de la population mondiale n'a pas accès à Internet en haut débit (au moins 30 mégabits par seconde). Rien qu'en Europe, 5 millions de personnes n'auront toujours pas accès au très haut débit fixe en 2030, estime Eutelsat. En France, entre 400.000 et 800.000 personnes ne seront jamais couvertes en fibre optique, évalue la fédération InfraNum. A cela s'ajoutent les clients professionnels qui ont des besoins particuliers (marine, défense, plateformes pétrolières offshore, etc.) et les besoins futurs de l'IoT, l'Internet des objets.

C'est là que les constellations en orbite basse prennent le relais. Ces satellites sont situés en moyenne à 550 kilomètres de la Terre, soit 60 fois plus proches de la planète que les satellites classiques. Ceci permet d'obtenir un meilleur temps de réponse du réseau : entre 20 millisecondes et 40 millisecondes, par exemple, chez Starlink. C'est moins bien que la 5G, mais suffisant pour permettre des applications gourmandes en latence, comme les jeux vidéo ou le streaming.

En matière de débit, la fibre reste plus performante. Ces précieux fils de verre peuvent offrir jusqu'à 1 gigabit de débit par seconde, contre « seulement » 50 mégabits à 150 mégabits pour les satellites en orbite basse. Mais c'est surtout en termes de prix que l'écart est le plus flagrant. Aux Etats-Unis, l'offre Starlink démarre ainsi à 99 dollars, à quoi il faut ajouter 499 dollars pour le matériel.


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