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Startups : les limites de "l’innovation kermesse"

En 2019 le bilan de plusieurs années d’activités d’innovation lancées par les entreprises et les pouvoirs publics n'est pas convaincant.

On visait l’innovation technologique en imitant la Silicon Valley. La mode était l’innovation "ouverte" où tout ce qui vient de l’extérieur (les startups) primait sur l’innovation interne des entreprises. L’alignement des innovateurs avec la stratégie du coeur de l’entreprise ou des unités d’affaires était faible ou exotique par design. Les prises de décisions centralisées étaient illisibles par le reste de l’entreprise. Et il fallait se retourner vers les startups par tous les moyens et avec tous les moyens. Hélas, pas de grandes success stories à raconter. Le rêve de créer un nouveau Google laisse la place au doute, on fait les comptes.

Le temps des incubateurs, "hackathons", cafétérias avec babyfoot, aux murs recouverts de notes pour stimuler "l’idéation" la création, le design thinking, les concours et remises de prix, semble en transition... Cette innovation que j’appelle kermesse s’accompagnait parfois d’expéditions démesurées dans la Silicon Valley et à Las Vegas. L'impact sur le développement des entreprises marraines est incertain. Et le recours religieux aux preuves de concept (POC) qui terminent au placard des invendus renforce le cynisme des détracteurs. Il manque souvent le passage de l'innovation à l'entreprenariat. En plus, les entreprises traitent souvent les startups comme des sous-traitants et limitent leur croissance.

Les entreprises pensent que mimer le Capital Risque (VC) les rapprochera du modèle gagnant de la Silicon Valley et elles veulent investir dans les startups. Le Corporate VC, capital risque d’entreprise a fleuri et les résultats impactent peu ou pas la stratégie des entreprises. En juin 2019 le CVC de General Electric (Ge Ventures) cherchait à vendre son portefeuille d’investissements dans des startups.

Un signe des temps, le mot entreprenariat remplace progressivement le mot innovation. "L’innovation ce n’est pas que le numérique ni que les startups" disait une PME française à un congrès de BPIFrance.


Et c’est le "développement durable" qui s’installe dans le discours d’innovation des entreprises. C’est moins sauvage que le numérique. Et on voit mieux comment mesurer son impact.

Alors fallait-il ne rien faire? sûrement pas. L’évolution des cultures d’innovation et d’entreprenariat est positive. L'intérêt pour les deeptech- transfert de la recherche lourde dans l'économie- est une nouvelle dynamique solide à laquelle participent les entreprises. Et les jeunes.

"Un défi pour les entreprises est de se réinventer quand elles ont été leaders et elles ne peuvent redevenir jeunes subitement" comme disait Sébastien Bazin PDG du groupe Accor. La diversification intense des Big Tech américaines et chinoises inquiète. On veille au grain beaucoup plus et mieux. Et la règlementation joue un rôle plus efficace pour réduire la toxicité des concentrations sur l’innovation et l’entreprenariat. Et sur les obligations règlementaires qui pèsent sur les entreprises mais pas sur les startups. "Aller vite et tout casser" sera moins facile pour les barbares.

On dit qu’avec l’augmentation de la taille de l'entreprise la capacité d’innovation diminue, mais les entreprises innovent bien plus aujourd’hui qu’on ne le dit. Avec et sans startups. Elles le redécouvrent. Elles peuvent investir le futur présent et préparer l'avenir du futur. Et l'innovation kermesse va faire sa mue nécessaire.

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Georges Nahon

Analyste indépendant

Pendant 15 ans le PDG d’orange Silicon Valley à San Francisco

Co-fondateur du think tank Orange Institute

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