2021 - ATELIER 2

Comment peut-on envisager demain une Souveraineté;
Next Souveraineté ?

CONTEXTE

 

Souveraineté : comme son étymologie le suggère, le concept se rapporte généralement aux Etats (le « souverain »), à un niveau politique et macroéconomique [1].

Les préoccupations actuelles autour de ce concept ont été accentuées par la crise sanitaire et le sentiment de vulnérabilité que certains Etats ont ressenti dans leurs approvisionnements, en particulier en ce qui concerne certains produits stratégiques (alimentation, médicaments, vaccins …).

Ces réflexions se situent dans le cadre de la géopolitique et des rapports de force entre Etats. Elles expliquent la stratégie « Belt and Road Initiative » de la Chine [2] et le sentiment de dépendance que les européens ressentent aujourd’hui vis-à-vis des Tech Companies américaines dans un domaine considéré comme stratégique car fournissant les outils de base à de nombreuses activités (le numérique). Elles servent également de cadre à l’action de certains Etats pour limiter l’accès d’entreprises étrangères à leur territoire [3] ou pour pénaliser lourdement des entreprises non nationales par le biais d’amendes [4].

On peut aussi, et certaines entreprises le mesurent aujourd’hui avec acuité, envisager ce concept à un niveau microéconomique et analyser les points de dépendance, les points de vulnérabilité qui sont apparus dans les process de production à cause de l’éclatement des chaînes de valeur, la gestion systématique en flux tendus et l’existence en leur sein de points critiques.

Que ce soit au niveau des Etats ou des entreprises, chacun aujourd’hui entend être davantage maître de son destin et de ne pas se voir imposer des choix qui ne seraient pas les siens.


Pour nourrir nos réflexions de notre  après midi du 4 mai 2021
3 intervenants dans 3 industries différentes...

1/ Numérique
-Pascal GUILLET, auditeur en intelligence économique à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) nous fera l'honneur de revenir parmi  nous et fera cette fois un focus sur la souveraineté numérique.

2/ Industrie Énergétique
Armand Laferrere Senior Vice President, Government Affairs at Orano

 

3/ Industrie Pharmaceutique

Jean-Francois HILAIRE - Executive Vice-President, Head of Strategy & Global Integration

Recipharm AB


Souveraineté et dépendance : la place de l’Europe pour l’accès aux médicaments

Le médicament représente un segment de marché qui s’est mondialisé depuis le début des années 90.
Du fait d’une forte demande en produits très innovants d’une part et de l’ouverture de ce marché aux pays émergeants d’autre part, le développement et la fourniture de médicaments se sont radicalement transformés au cours des quinze dernières années. Comment l’Europe fait-elle front ? quelles sont ses options pour sécuriser son approvisionnement en médicaments ? Peut-elle retrouver son leadership en la matière ?

 

 



Pour aller plus loin
Pandémie : ce que seront les jours d'après

Jacques Attali

Même si nous disposons, enfin, un jour prochain, en Europe et dans le reste du monde, d'un déluge de vaccins ; même si nous rouvrons cet été théâtres, cinémas, hôtels, restaurant ; même si l'automne pourrait être gai ; et même si bien des gens pourront dire, au début de l'hiver prochain, que cette pandémie n'est plus qu'un mauvais souvenir, rien de ce qu'elle implique ne sera derrière nous.

D'abord, parce qu'il faudra gérer toutes les tragédies, toutes les séquelles, toutes les faillites, toutes les pertes d'emplois, toutes les études gâchées, toutes les vocations manquées, tous les projets foudroyés pendant ces presque deux ans.

Ensuite, parce qu'il faudra se préparer à l'émergence probable de nouveaux variants résistants aux vaccins actuels, et affronter le désespoir qui pourrait suivre la nécessité de nouveaux reconfinements, en attendant de produire, à très grande vitesse, des milliards de doses de vaccins nouveaux, et organiser des campagnes planétaires de vaccination ; il faudra prendre son parti d'avoir à le faire tous les ans, pendant des décennies ; pour cette maladie et sans doute pour bien d'autres.

Il faudra alors se décider à faire, enfin, tout ce qu'on aurait déjà dû faire depuis un an pour préparer notre société à vivre, au mieux, dans un monde à pandémies multiples : la réorganisation des lieux d'études et de travail, pour qu'ils soient structurellement adaptés à ces périodes.

Enfin, il faudra se préparer à toutes les autres menaces, aussi négligées aujourd'hui que l'était celle de cette pandémie et tout aussi parfaitement prévisibles : le manque d'eau, le réchauffement climatique, l'aridité des sols, les invasions d'insectes, l'extinction d'innombrables espèces ; et tous les troubles politiques qui en découleront. Ces menaces sont d'une tout autre nature que celle d'une pandémie, et provoqueront beaucoup plus de dommages irréversibles.

Ne pas s'y préparer, c'est s'attendre à revivre mondialement les improvisations, les erreurs, les tâtonnements, les manques, les pénuries que nous vivons maintenant. Dans des proportions bien plus grandes. Et, sans solution, car on ne pourra pas refroidir la planète, ni faire renaître des espèces disparues ; ni espérer qu'un vaccin nous protège du manque d'eau ou de la pollution de l'air. Ne pas s'y préparer, c'est aggraver la probabilité de guerres entre nations ou entre groupes sociaux, dans un monde devenant invivable.

S'y préparer dès maintenant, c'est tirer les vraies leçons de la pandémie actuelle ; c'est avoir le courage de se mettre en économie de guerre pour réduire massivement toutes les activités économiques qui aggravent la probabilité d'occurrence de ces catastrophes (les énergies fossiles et les moyens de transport qui les utilisent, le plastique, la chimie, les industries textiles) ; et c'est donner une priorité absolue aux autres secteurs qui conditionnent la réponse à ces menaces (les industries médicales, les hôpitaux, la formation des médecins, la recherche, l'éducation, l'hygiène, l'alimentation, l'agriculture raisonnée, le digital, la distribution, les énergies propres, l'eau propre, la sécurité, la culture, la démocratie, la finance non spéculative et l'assurance, le logement durable). Tous ces secteurs, qui forment ce que je nomme « l'économie de la vie », ne représentent, aujourd'hui, pas plus de la moitié de la production d'aucun pays du monde ; dans vingt ans, cela devrait représenter les deux tiers.

Cela exigera une immense reconversion ; une nouvelle vision du monde, tournée vers les générations futures ; de nouvelles valeurs, plus altruistes ; de nouvelles priorités, moins futiles. Une nouvelle façon de faire de la politique.

Nous n'aurons pas de seconde chance. Si nous ne nous y mettons pas façon sérieusement au plus vite, nous regretterons cette pandémie, comme l'un de nos derniers moments heureux.

Aurons-nous le courage de le comprendre ? Les femmes et les hommes politiques, les intellectuels, les chefs d'entreprise, les syndicalistes, auront-ils le courage de dire la vérité et d'agir vraiment sérieusement ? Je l'ignore.

Je sais seulement que, s'ils ne le font pas, il n'y aura, un jour, dans un siècle ou moins, même plus de générations futures pour les maudire.