2021 - ATELIER 3

Territoires, pivots du Next normal ?

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Pitch d'introduction

Dans les prochaines années, les territoires au pluriel pourraient bien être le pivot de l’articulation entre le global et le local et donc une des clés des transitions et de la « prochaine normalité ». 

 

Les mesures liées à la crise sanitaire ont fortement contraint la mobilité et perturbé les échanges internationaux ; le monde a soudain semblé se rétrécir aux frontières européennes, nationales, régionales voire même à 10 km autour de chacun.
La crise a ainsi rappelé la réalité de notre ancrage physique à un territoire. Les entreprises, même les multinationales, ne sont pas hors-sol et les territoires devraient bénéficier d’un mouvement vers une production plus locale, plus proche des bassins de consommation. En outre, l’économie ultra locale, déjà très dynamique dans certains secteurs comme l’alimentation, a passé un nouveau palier stratégique avec l’adoption large d’une logistique hybride numérique et physique (click and collect, plateforme en ligne de commerces de proximité, dark food, etc.). Enfin, la crise a changé ce qui caractérise l’attractivité d’un territoire : infrastructure haut débit, rejet du tourisme de masse, territoires moins denses, foncier plus généreux, rapport à la nature, etc.
En revanche, pour accueillir cette nouvelle distribution démographique et entrepreneuriale, les territoires font face à de nombreuses inégalités, notamment en matière d’infrastructures médicales ou numériques. L’enjeu du Next normal sera de créer les conditions opérationnelles pour rendre ces territoires plus inclusifs et plus attractifs pour les entreprises.

 

Nos intervenants
 

Hugo Lambert, Manager EY spécialisé dans la conduite de politiques d'investissements territorialisées & Directeur du Laboratoire Territorial    

Spécialisé dans l'accompagnement stratégique et opérationnel des acteurs économiques sur les territoires, Hugo Lambert intervient dans le cadre de plans d'investissements public-privé visant à encourager un développement économique innovant, responsable et ancré sur les territoires.
Il est le fondateur et directeur du Laboratoire Territorial, un centre de réflexion et d'innovation créé en 2016 autour des pratiques liées au développement économique local. https://www.laboratoireterritorial.fr/

 

Alors que la crise sanitaire a mis en lumière les fragilités de notre économie, les débats autour du "monde d'après" contribuent eux à mettre en exergue le rôle que pourrait jouer le local pour réinventer notre modèle sur la base d'une économie plus durable, plus responsable, et plus ancrée sur nos territoires.
Au-delà des incantations, quelles sont les perspectives envisageables concernant la reterritorialisation de notre économie : -quelle relation entre l'entreprise et le territoire dans le monde d’après ?
-Quelles échelles associer à la notion de local ?
-Quelles applications sectorielles ?



 Jean-Benoit  Besset, Directeur de la stratégie et de la RSE à la Direction Technique et du Système d'Information d'Orange

« de la new connectivité des territoires à la next connectivité »
Les réseaux de télécommunications jouent un rôle majeur dans le développement et l’attractivité des territoires.
De la même façon que l’on parle d’inclusion numérique des personnes on peut parler d’inclusion numérique des territoires.
- connectivité pour permettre l’implantation d’entreprises, de l’agriculture connectée dans les territoires et donc le maintien de l’emploi

- connectivité pour permettre la résidence des télétravailleurs et donc le maintien des services publics (écoles, postes, …)

- connectivité pour permettre la vie numérique pour la culture (streaming, Internet), pour l’éducation (plates-formes numériques de l’éducation nationale, cours en ligne), pour la santé (télémédecine), pour les services publics en ligne (administration), pour ne pas se sentir exclu du monde en marche

Quels sera le Next normal des infrastructures réseaux , quelles connectivités  , quelles technologies 5G/6G ? Quel rôle donner aux réseaux entre course au débit, à la résilience, à la transition énergétique. Quelle place pour le mobile, la fibre, le satellitaire ?

Logement : ce qu'une année de crise et de télétravail a changé

 

Françoise Paoletti-Benaziez

Les craintes des professionnels en début de crise se sont révélées fausses : ni les ventes immobilières ni les prix ne se sont effondrés. En revanche, les envies d'ailleurs de certains urbains sont, elles, en train de devenir réalité, boostant certains marchés.

Les professionnels de la transaction immobilière respirent… Si la crise sanitaire a impacté le secteur du logement, celui-ci s'est montré plus résilient que prévu. Les notaires de France comptabilisent 1.024.000 transactions au 31 décembre 2020, limitant ainsi la baisse des volumes à 4 % sur un an. Ce rythme se confirme sur une année glissante, avec un montant cumulé de 1.046.000 transactions à fin février 2021, soit -2,3 % sur un an. Côté prix, les notaires ont noté une hausse annuelle de 6,4 % en Ile-de-France, avec une stagnation à Paris dès le 3e trimestre 2020. Ce sont donc les villes des 1re et 2e couronnes qui ont profité ensuite de la hausse.

« 2021 devait être une excellente année, prédit Eric Allouche, directeur exécutif du réseau ERA Immobilier. Nous avons noté 400 % de recherches supplémentaires sur Internet depuis début janvier ! Si la 1re couronne parisienne est très demandée, c'est souvent en 2e couronne, plus accessible en termes de prix, pour des logements spacieux, que se concrétisent souvent les envies… lorsque les transports sont efficaces, car les acquéreurs raisonnent plus en termes de temps que de distance. Les petites villes bien desservies à une centaine de kilomètres de la capitale ont aussi la cote. Notre agence d'Orléans, par exemple, est de plus en plus sollicitée par une clientèle francilienne. »

Des logements modulables dans le neuf

La dernière étude de MeilleursAgents note que près d'un actif sur trois a déménagé au cours des huit derniers mois ou envisage de le faire afin de gagner en qualité de vie. Cette tendance s'accentue dans les grandes villes, et particulièrement dans la capitale où un Parisien sur deux est concerné ! Côté construction, l'année de crise et de télétravail a accéléré des politiques en cours depuis déjà quelque temps chez les promoteurs. Afin d'améliorer la vie des urbains, l'implication dans la limitation de la pollution extérieure est plus grande encore, avec une utilisation accrue de matériaux biosourcés. Les changements les plus spectaculaires concernent surtout la conception intérieure des résidences. Deux grands mouvements sont en cours : la modularité des logements et la création d'espaces partagés. « Pour permettre aux propriétaires de modifier à leur gré les espaces, l'intérieur des logements bénéficie d'une possibilité de modularité », explique Alexandra François Cuxac, présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers de France.

« Changer son espace de vie à la carte devient facile car, dès leur conception, les logements intègrent la possibilité de modifications. Par exemple, des hauteurs sous plafond sont augmentées afin de pouvoir, le cas échéant, faire une mezzanine qui pourrait servir de bureau… Enfin, les projets mixtes se multiplient : des résidences créent des espaces partagés comme une salle commune de travail ou des jardins potagers », poursuit Alexandra François Cuxac. Ce qui était auparavant l'apanage des résidences avec services gagne donc l'habitat classique.

Des milliers de logements anciens réaménagés

Le grand changement dans le secteur du logement depuis un an concerne plus les désirs de rénovation des appartements et maisons. Selon la Fédération des magasins de bricolage, les magasins ont vu leurs chiffres d'affaires grimper de près de 20 % en juillet 2020 par rapport à la même période en 2019. Et le mouvement s'est poursuivi depuis. De leur côté, les adhérents de l'association Architectes & Particuliers indiquent également une croissance de leur chiffre d'affaires de 30 % à 50 % en un an. « Plusieurs paramètres ont joué en faveur des travaux, constate Stéphanie Bertina Minel, présidente de l'association. Les confinements et le télétravail ont montré aux foyers les limites de leur habitat, et les moindres dépenses en voyages et loisirs ont permis à des travaux envisagés de se concrétiser. »

« Si nos accompagnements en suivi des travaux ont augmenté, il y a surtout eu une véritable croissance des demandes de visites conseils. D'une durée de deux heures environ, elles servent souvent à débloquer des situations via des conseils techniques, administratifs, de budget et de planning… Certaines familles pensant être obligées de déménager se rendent compte, finalement, que modifier les espaces ou faire une extension est possible et coûtera beaucoup moins cher que d'acheter un nouveau logement. »

Autres grands gagnants de cette tendance, en plus des artisans eux-mêmes : les réseaux de courtiers en travaux qui ont vu leur activité bondir. « Passer plus de temps chez soi a d'abord donné des envies d'amélioration du confort intérieur, via de petits travaux, témoigne Cyril Congnet, franchisé de la Maison des travaux, à Choisy-le-Roi. Par exemple, la repeinture des murs ou l'optimisation de tous les espaces comme un dessous d'escalier qui accueille des rangements. Le télétravail a aussi engendré des besoins d'espaces délimités ou de création de nouvelles pièces. Cela va du simple agencement d'un bureau dans une pièce commune à une extension de la maison, en passant par l'aménagement des combles. Pour des travaux importants, les prix peuvent atteindre 2.000 à 3.000 euros le mètre carré. »

Châlon-sur-Saône, Macon : une position stratégique entre Paris et Lyon

 

Jennifer Matas

Le département de la Saône-et-Loire offre un cadre de vie attractif combinant un prix de l'immobilier accessible et le calme des villes moyennes. Des atouts que Mâcon et Chalon-sur-Saône n'hésitent pas à mettre en avant, avec succès.

Le département de la Saône-et-Loire peut se targuer d'offrir un cadre de vie attractif avec un prix de l'immobilier accessible - 1.265 euros le mètre carré, d'après SeLoger -, le calme des villes moyennes, des services et une bonne connexion aux deux grandes métropoles que sont Paris et Lyon.

Des atouts que le chef-lieu, Mâcon, et Chalon-sur-Saône, la ville la plus peuplée avec un peu plus de 45.000 habitants, n'hésitent pas à mettre en avant. Et les résultats sont là : alors que la Bourgogne-Franche-Comté présente une croissante démographique quasi nulle, Mâcon et Chalon-sur-Saône font partie des rares aires urbaines à afficher un solde migratoire positif, avec Dijon et Besançon.

Au carrefour de capitales régionales

Point phare de l'attractivité de Mâconnais Beaujolais Agglomération comme du Grand Chalon : leur localisation géographique sur l'axe Paris-Lyon et les infrastructures de transports dont ils bénéficient. Chalon-sur-Saône et Mâcon sont en effet desservies par une gare TGV et l'autoroute A6 reliant la capitale française à celle des Gaules. Plusieurs fois par jour, un train TER permet de se rendre à Lyon en moins de 50 minutes pour Mâcon et 1 h 20 pour Chalon-sur-Saône.

« Une personne qui travaille à Lyon peut tout à fait envisager de s'installer dans l'une de ces villes pour échapper à la densité et aux prix immobiliers lyonnais », commente Benoît Meyronin, professeur à Grenoble Ecole de Management. Idem pour un actif francilien pouvant télétravailler plusieurs jours par semaine. « D'autant que Mâcon comme Chalon-sur-Saône ont tout de même des qualités du point de vue de l'enseignement, des commerces… Nous ne sommes pas au milieu de nulle part », poursuit le spécialiste en marketing territorial.

Ambitions renforcées

Ces villes du couloir rhodanien ont commencé à renforcer leurs stratégies d'attractivité avant la pandémie. Pour le président de Mâconnais Beaujolais Agglomération, Jean-Patrick Courtois, il était question début 2019 de « créer un pôle d'attractivité aux portes de la métropole lyonnaise ».

Deux projets de taille sont sur les rails : l'adhésion de la communauté d'agglomérations au Pôle métropolitain lyonnais et le lancement des travaux pour Saône Digitale, un projet estimé à plusieurs millions d'euros pour transformer la plus vaste zone de friches industrielles du territoire en une zone d'activité économique.

Au programme du Grand Chalon, la construction de l'Usinerie, un bâtiment de 4.000 mètres carrés pour accompagner les industries locales dans leur transition numérique et former des étudiants à ces nouveaux métiers. « Cette cité du numérique apportera une valeur ajoutée supplémentaire à notre territoire d'industrie », a déclaré le président de la communauté d'agglomération, Sébastien Martin, à l'occasion du 9e séminaire de l'Observatoire des Territoires d'industrie, en juin 2020. Ouverture prévue début 2022.

Pour aller plus loin...


 

1) Isabelle Méjean (prof à Polytechnique, prix du meilleur jeune économiste 2020)

Spécialiste d'économie internationale. Les limites de la relocalisation

voir : https://legrandcontinent.eu/fr/2020/07/03/isabelle-mejean/

 

2) Olivier Bouba-Olga (prof à l'Université de Poitiers)

Spécialiste de l'aménagement des territoire et du développement territorial

Une approche plus centrée sur les collectivités locales que sur les entreprises

https://youtu.be/cSKupCBD_I4

mais aussi : https://www.causecommune-larevue.fr/se_desintoxiquer_de_la_came

 

3) Sabrina Demine-Brullot (prof à l'UTT, Troyes)

Economie circulaire et territoire. Elle travaille sur le concept d'écologie industrielle et territoire (EIT) et sur le développement territorial durable

https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2020-2-page-108.htm

 

4) Lise Bourdeau-Lepage (Professeur à l'Université Lyon 3, économiste et géographe)

Les territoires au temps de la pandémie : urgence sanitaire et impacts sociétaux

https://journals.openedition.org/developpementdurable/18178

5)  la SCET (filiale de la Caisse des Dépôts)

Rapport très intéressant sur "Revitalisation des centres-villes : l’impact de la crise covid-19",

https://www.scet.fr/tendances-7-revitalisation-des-centres-villes-limpact-de-la-crise-covid-19

 

6) Make Ici (prix Liliane Bettencourt pour l'intelligence de la main 2020)

Cette initiative n'est plus celle d'un baba cool post soixante-huitard attardé mais est devenue une véritable entreprise industrielle

Objectif : relance des quartiers productifs

 

https://makeici.org/presentation/

et https://www.youtube.com/watch?v=weKIXxTQ1EI

 

7) Thomas Huriez (Président de 1083)

La marque de vêtements 1083 est un fer de lance du made in France, de l'économie circulaire et des circuits courts

1083 cela représente la distance en km entre les deux points les plus éloignés du territoire français

Réussit le pari de relocaliser l'industrie textile en France

Voir son interview dans les ECHOS en PJ

et aussi https://www.youtube.com/watch?v=87aLPNuesic

 


 

Promouvoir son territoire, un sport désormais national

 

Elodie Chermann et Mathilde Riaud

Surfant sur les envies d'ailleurs des Français, les territoires multiplient les campagnes de communication pour se vendre. Certaines collectivités territoriales jouent la carte de la coopération, mais les exemples de ce genre restent assez rares.

Vivre l'histoire de la vie en Saône-et-Loire. » « Le soleil se lève plus tôt chez. Ouvrez les yeux en grand… Est. » « Venez vivre le Périgord »… Surfant sur les envies d'ailleurs des Français, les territoires multiplient les campagnes de communication, dans les médias, dans le métro ou sur les réseaux sociaux, pour se vendre. « Pendant longtemps, beaucoup ont compté sur leur pouvoir de séduction naturel pour attirer », constate Christophe Alaux, directeur de la chaire attractivité et nouveau marketing territorial à Aix-Marseille Université. Mais depuis le lancement de la marque OnlyLyon en 2006, toutes les collectivités développent des stratégies de promotion structurées pour attirer des entreprises, des touristes, des touristes d'affaires mais aussi des habitants. « Avec le Covid-19, le contexte est porteur », souligne Antoine Angeard, directeur général du Cner, la Fédération des agences d'attractivité, de développement et d'innovation. « Il y a une opportunité à saisir. » Encore faut-il arriver à se distinguer dans le paysage. « Pas besoin forcément de dépenser des fortunes pour exister, assure Antoine Angeard. Il suffit de viser les bonnes cibles et d'inscrire son effort sur le long terme. » Pour maximiser les résultats, certaines collectivités territoriales jouent la carte de la coopération. « En 2006, les villes normandes de Caen, Rouen et Le Havre ont décidé de chasser en meute et de monter une marque commune, Normandie Avenue », raconte Antoine Angeard. Mais les exemples de ce genre restent assez rares. La culture de la concurrence a la dent dure.

Loire : à chaque ville sa stratégie

A Saint-Etienne, on fait du marketing territorial sans marque de territoire. A rebours des politiques fondées sur la notoriété, la 15e métropole française parle de « ses attractivités » : résidentielle, étudiante, économique, et bien sûr du design, son positionnement majeur. Elle vient de voter un budget de 1,5 million d'euros par an pour aller chercher les « talents exogènes ». Grâce à l'autoroute qui la relie à Lyon en moins d'une heure depuis 2012, la commune de Roanne entend devenir le « 10e arrondissement » de la capitale des Gaulles. Et de vanter la facilité avec laquelle « tout est possible » dans une ville de 37.000 habitants, comme de rencontrer le maire pour un entrepreneur. Sans négliger la communication, avec 90.000 euros par an. Montbrison, 16.000 habitants, mise sur l'attractivité de son centre-ville avec ses 400 commerces : « 6 millions d'euros investis dans l'espace public », revendique le maire DVD, Christophe Bazile. Mais c'est le label national Coeur de Ville qui a permis d'engager la réhabilitation d'une ancienne usine de poupées et de décrocher, il y a quelques semaines, un centre de formation du CNAM.
 

Champagne : l'enseignement supérieur comme moteur

Situées à moins de deux heures de la capitale via les autoroutes A4 ou A5, les villes de Champagne ne manquent pas d'atouts pour attirer des Franciliens en mal d'espace et de nature. « Si l'arrivée du TGV, il y a plus de dix ans, n'a pas eu d'impact réel sur la démographie, les confinements successifs ont entraîné une forte hausse des demandes de maisons », observe Eric Redouté, directeur d'un réseau d'agences immobilières à Reims. Résultat : les prix ont augmenté de 5 à 10 % en moyenne, depuis un an, restant toutefois cinq à sept fois inférieurs au marché de la capitale. Un argument central pour les stratégies de marketing territorial. Les agglomérations champenoises, Reims, Troyes ou encore Châlons-en-Champagne, mettent aussi en avant le dynamisme du tissu associatif et culturel local et l'offre de formation supérieure, avec l'Institut catholique de Paris à Reims et l'université de technologie de Troyes. Un critère désormais déterminant dans le choix d'implantation des cadres.

Finistère : un accompagnement pour les nouveaux arrivants

Afin de faire oublier leur situation du bout du monde, une trentaine d'entreprises du Finistère, parmi lesquelles Crédit Mutuel Arkéa, Armor Lux ou le groupe de presse Télégramme, ont créé dès 2001 l'association Investir en Finistère. « Pour inciter les salariés à venir nous rejoindre, nous avons développé un service d'aide à la recherche d'emploi pour le conjoint », indique la directrice de l'association, Françoise Le Lann. Annabel Martin, une ancienne Parisienne aujourd'hui à la tête du cabinet Carrières Nomades, à Brest, intervient en complément pour aider les nouveaux arrivants à se loger, inscrire les enfants à l'école ou même trouver un job. Jusqu'à présent, elle avait l'habitude de suivre en moyenne 150 personnes par an. « Depuis janvier, nous en avons déjà accompagné 157, venues de Paris, du nord de la France ou du Midi. » Un raz-de-marée.

Environnement, immobilier, emploi : la nouvelle course à l'attractivité

 

Jennifer Matas

Un peu plus d'un an après le début du premier confinement, le quotidien mais aussi les projets de vie de nombreuses personnes ont changé. De la généralisation du télétravail naît une appréhension différente de l'organisation du temps et du lieu de vie. Ces orientations nouvelles ont des conséquences sur le marché immobilier et poussent territoires et recruteurs à s'adapter.

Déjà bousculé par un prix du foncier en hausse continue, un allongement du temps de trajet entre le domicile et le travail et la multiplication de nuisances telles que la pollution, la densité ou encore le bruit, le mode de vie urbain résiste désormais difficilement à la crise sanitaire. Une aubaine pour les villes petites et moyennes qui, depuis plusieurs années, ont commencé à jouer la carte du cadre de vie pour attirer actifs et entreprises.

« Depuis environ dix ans, les territoires ne cherchent plus seulement à faire venir des investisseurs ou des touristes, explique Antoine Angeard, directeur général du Cner, une fédération des agences de développement. Ils ont adopté une stratégie à 360 degrés ciblant également la population de façon générale et parfois certaines professions, selon leurs besoins. »

L'offensive des territoires

Promotion du territoire, aide à l'installation des familles et à l'emploi du conjoint, accompagnement des entreprises… Le marketing territorial n'est désormais plus réservé aux grandes villes. Positionnées sur ces questions depuis les années 1990, les métropoles régionales n'ont cependant pas dit leur dernier mot.

D'après le baromètre 2020 d'Arthur Loyd sur l'attractivité des métropoles françaises et le dynamisme des territoires, elles se sont même montrées plus résilientes que les villes plus petites face à la crise. « Avant la pandémie, elles avaient déjà amorcé un important virage », reprend Antoine Angeard. Toutes se lancent sur de nouvelles lignes de front - environnement, santé, enseignement supérieur, etc. - pour renforcer leur attractivité.

Ces nouveaux projets de vie ont également des effets très concrets sur l'immobilier local. En 2020, les prix se sont envolés dans des villes comme Mulhouse (+16,5 % sur un an à 1.939 euros le mètre carré), Limoges (+16,4 % à 1.844 euros le mètre carré) ou encore Orléans (+16,1 % pour 2.667 euros le mètre carré), d'après le baromètre LPI-SeLoger.
 

Répercussions sur le marché de l'immobilier

Inversement, à Paris, ils ont eu tendance à baisser : -1,7 % entre novembre 2020 et février 2021 pour un mètre carré à 10.680 euros. « A la fin du premier confinement, les stocks ont fondu, raconte Thibault de Saint Vincent, président de Barnes. Des biens situés sur la façade Atlantique, notamment sur la côte basque et le bassin d'Arcachon, sont partis en une semaine. »

Plusieurs zones se sont retrouvées sous tension, avec une demande supérieure à l'offre. « Aujourd'hui, notre principal problème c'est le manque de biens à la vente, confie Eric Allouche, directeur exécutif d'ERA Immobilier. Les vendeurs se montrent davantage frileux tandis qu'en face, les acquéreurs hésitent moins longtemps et achètent plus au prix. » Les biens les plus prisés, sans surprise, sont ceux disposant d'un espace extérieur et de mètres carrés supplémentaires. « Ce qui fait la différence, c'est le rapport qualité-prix et la desserte, ajoute Eric Allouche. Les prix attractifs des communes plus éloignées séduisent, mais la présence d'une gare permettant de relier en moins de deux heures une métropole compte. »

Qu'ils soient temporaires ou permanents, ces déménagements ont aussi un impact sur le monde du travail avec, d'un côté, une part croissante de personnes en télétravail un ou plusieurs jours par semaine et, de l'autre, des changements de poste ou d'activité. « Reste à savoir si le télétravail perdurera après la crise, tempère Matthieu Adam, chargé de recherche au CNRS et codirecteur de l'ouvrage 'Le capital dans la cité'. Il y a encore une forme d'hostilité de la part de certains employeurs et le gouvernement n'a pas pris de mesures fortes pour l'imposer. » Il n'empêche que côté salariés, la pratique semble adoptée. Chez les cadres, « environ 50 % voudraient poursuivre en télétravail au moins la moitié de la semaine, une fois la crise terminée », rappelle Gaël Bouron, responsable adjoint du pôle études de l'Apec. « Beaucoup de recruteurs en ont pris conscience et mettent en avant leur souplesse pour attirer de nouveaux talents, analyse Patricia Patrelle, directrice de la région Nord chez Manpower. Sur des postes très qualifiés, en particulier, ils savent que plusieurs arguments pèsent dans la balance, dont le télétravail. »

La donne devrait également changer du côté des secteurs qui recrutent avec une hausse des métiers autour de la transition numérique et énergétique ou encore la logistique, et un ralentissement dans d'autres. « On le constate déjà depuis le début de la crise avec par exemple un secteur aéronautique très impacté en Occitanie », note Nicolas Martin, directeur de la région Sud chez Manpower. La région affiche d'ailleurs le plus fort recul de l'emploi cadre début 2021, malgré la reprise ailleurs : -1 % par rapport à 2020