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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

Ces entreprises qui appellent à rompre avec l'opacité des étiquettes

Guillaume Roussange Correspondant à Rennes

Pour rétablir le lien avec le consommateur, des industriels de l'agroalimentaire militent en faveur de systèmes d'information plus lisibles sur la provenance des ingrédients. Une soixantaine de sociétés se sont regroupées au sein du collectif En vérité.

Un détour par le rayon conserves et plats préparés de n'importe quel supermarché suffit à le constater : en matière d'information du consommateur, c'est encore le règne du flou. Ainsi de ces boîtes de choucroute affichant l'origine française du chou, mais reléguant au dos celle de la viande, issue d'un pays européen, non précisé. Ou encore de ces paquets de soupes « 100 % naturelles », flanquées du drapeau bleu blanc rouge mais composées de légumes cultivés hors de l'Hexagone. « Le marketing lié à l'origine l'emporte encore trop souvent sur une réelle politique de transparence. C'est pourquoi une solution harmonisée devrait s'imposer afin que les marques communiquent la provenance d'au moins 70 % de leurs ingrédients », estime Camila Mendoza Moreno, auteure d'une thèse sur le marketing de la transparence et fondatrice à La Celle-Saint-Cloud, dans les Yvelines, d'un cabinet de conseil spécialisé.

Jamais le consommateur ne s'est en effet montré aussi soucieux du contenu de son assiette. Selon un sondage réalisé l'automne dernier par l'institut Appinio, 86 % des Français considèrent comme « important » l'affichage de l'origine des matières premières. Et 82 % déclarent vouloir disposer d'informations sur le lieu de transformation. Des chiffres qui confirment des études précédemment menées par les associations de consommateurs.

Résistances

De quoi, aussi, apporter de l'eau au moulin du collectif En vérité - à l'origine du sondage -, dont les 63 marques adhérentes poussent à un changement réglementaire. Leur objectif ? Imposer des systèmes d'information simples, clairs et lisibles concernant l'origine des ingrédients ou l'impact environnemental des produits alimentaires. Mais aussi rendre obligatoire un Nutri-Score« enrichi ». Même s'il a récemment été rendu plus exigeant, le système d'étiquetage nutritionnel reste en effet à perfectionner et, surtout, facultatif pour les marques. « Malgré les récentes évolutions, il reste des trous dans la raquette, par exemple en ce qui concerne la mention d'additifs », souligne Sébastien Loctin, à l'origine du collectif. Sur le terrain, le combat est âpre. Certains industriels sont d'ailleurs prêts à défendre leur process, et leur modèle économique, sur le terrain judiciaire.

Dernier exemple en date : le procès intenté en 2021 par la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs, le syndicat professionnel des transformateurs et deux fabricants (les entreprises A.B.C. et Le Mont de La Coste) à l'application alimentaire Yuka, accusée de « dénigrement » et de « pratiques commerciales déloyales ». Signe des temps, si les premiers jugements lui ont été défavorables, le site a finalement gagné en appel en décembre 2022. Les juges ont ainsi reconnu le droit de la plateforme à informer le public sur les dangers des sels nitrités pour la santé.

Regagner la confiance

« A notre niveau, notre volonté n'est pas d'interdire quoi que ce soit, mais bien de donner aux consommateurs les moyens de disposer de la bonne information. Et que tous les acteurs de l'agroalimentaire, français ou étrangers, jouent avec les mêmes cartes », assure Sébastien Loctin, également fondateur de l'entreprise Biofuture (4 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 18 salariés), spécialisée dans la production d'huiles, vinaigrettes et sauces bio. En quelques mois, le quinquagénaire est parvenu à rallier à sa cause des marques très diverses. Parmi elles, des géants tels que D'Aucy, Entremont ou Candia, mais aussi des ETI et PME comme Pagès, Connétable (groupe Chancerelle) ou Jardin Bio Etic. Au-delà de l'intérêt évident en termes d'image, tous affirment vouloir regagner la confiance des consommateurs. Un élément indispensable, selon eux, pour les pousser à privilégier des produits tricolores. Et par conséquent, une agriculture locale.

« Il s'agit d'une question de souveraineté alimentaire », insiste Nicolas Facon, directeur général de D'Aucy France (groupe Eureden). Les études menées par les marques En vrai, .Nod ou D'Aucy ont d'ailleurs montré qu'un système d'information clair sur les produits modifie les intentions d'achat. Au point qu'elles peuvent être multipliées par deux, voire par dix, selon les produits, notamment chez les catégories socioprofessionnelles les plus élevées. Car acheter français a bien sûr un coût, que les industriels espèrent diminuer en jouant sur « l'effet volume », également bénéfique pour les agriculteurs. 

Proposition de loi

« Personnellement, je trouve l'initiative de ce collectif très intéressante », juge Louis Le Duff, patron du géant agroalimentaire breton éponyme, connu via ses marques Bridor, Brioche Dorée ou Del Arte. « A notre niveau, nous opérons une sélection rigoureuse des matières premières. La transparence est une question sine qua non de notre crédibilité vis-à-vis de nos clients », poursuit le chef d'entreprise aux 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Reste à faire bouger les lignes réglementaires. Sébastien Loctin veut y croire. Avec ses homologues, il a multiplié les rencontres avec les élus et responsables professionnels dans l'objectif de déposer, dans les semaines à venir, une proposition de loi. Qui pourrait être même « dupliquée au niveau européen », selon David Garbous, président d'En vérité. Le collectif a déjà reçu le soutien d'Irène Tolleret, l'eurodéputée du groupe Renew qui s'est battue pour modifier la « directive miel » rendant obligatoire la mention des pays où il a été récolté. Une mesure votée, mi-décembre, par une écrasante majorité de députés européens.

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