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  • Thierry Bardy

La supercherie de la « smart city »


Tribune collective


Les villes sont des gouffres énergétiques qui produisent plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre, et pourtant elles représentent moins de 2 % de la surface de la Terre. On a cru un temps dans le potentiel de la smart city pour décarboner les villes avant de s'apercevoir de la supercherie du concept.Plus d'intelligence artificielle pour mieux appréhender la complexité, plus de voitures autonomes, plus d'objets connectés étaient censés nous faire consommer moins d'énergie, tout en améliorant la sécurité et le bien-être des citoyens. Pourtant, si la technologie apporte indéniablement des avancées en matière de simplicité, elle n'a pas en revanche démontré sa pertinence en ce qui concerne la déconsommation énergétique globale qui s'impose à l'humanité. La faute essentiellement à cet « effet rebond » qui ruine tout espoir tendanciel vers la sobriété.

Ainsi, les économies réalisées par l'introduction des nouvelles technologies ne sont jamais synonymes d'une moindre consommation globale, mais entraînent au contraire une augmentation de la consommation des équipements, des machines, des fonctions… et donc de l'énergie nécessaire à leur fabrication et à leur fonctionnement. Autrement dit, ce que l'on gagne en intensité énergétique, on le perd systématiquement en volume et in fine la consommation de ressources naturelles et d'énergie finale continue d'augmenter. Et ne parlons pas de la très précaire résilience de la ville « trop » connectée. Avec les risques de cyberattaques et de rupture d'approvisionnement énergétique qui se profilent, quels seront les élus qui accepteront de s'en remettre à des machines, au-delà du raisonnable, pour la gestion temps réel des flux qui régissent le fonctionnement des villes et le respect de la vie privée des citoyens ? Dans un autre registre, la ville ultradense serait plus écologique parce que tout y serait plus concentré. C'est faux. Plus les bâtiments sont hauts, plus ils consomment d'énergie, de matériaux et plus les citoyens ressentent les effets délétères de la ville minérale sur leur santé, du fait notamment des îlots de chaleur, des nuisances sonores et de l'absence de nature. Partout dans le monde, les grandes villes doivent urgemment arrêter de grandir. Le profil type de la ville zéro carbone est avant tout une ville à taille humaine qui se reconstruit sur elle-même en rénovant thermiquement le plus vite possible l'ensemble de ses infrastructures. C'est une ville qui privilégie les transports doux et les transports en commun confortables et fiables. C'est une ville qui promeut la réversibilité, la modularité et l'interdépendance des bâtiments, tout en leur permettant d'autoproduire leurs propres flux physiques. C'est une ville qui accepte de mutualiser et de partager tous les espaces bâtis, afin d'en intensifier leurs usages, ce qui représente la première condition pour entamer la désartificialisation des sols et accroître la rentabilité financière des ouvrages.

Enfin la ville zéro carbone s'appuie sur les lowtechs pour mieux prendre en compte l'inéluctable raréfaction des ressources, et organise le réemploi de tout afin de réduire la production de déchets. La ville zéro carbone est prioritairement riche de sa collaboration avec son territoire à travers les circuits courts, développe des trames vertes et bleues qui signent la garantie d'une meilleure adaptation au changement climatique et réconcilie les citoyens avec le vivant indispensable à notre pérennité. Repensons ensemble la place de la ville « zéro carbone » pour une meilleure préservation des ressources.

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