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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

Quand les crises à répétition redéfinissent la notion de succès


Muriel Jasor

performance Si la qualité de la réflexion stratégique reste cruciale, elle n'apparaît plus comme la seule « botte secrète » du succès de l'entreprise. Le concept de réussite personnelle évolue aussi.

Cette année, pour les vingt-cinq ans de Google, nombreux sont ceux qui se sont penchés sur ses facteurs clés de succès, notamment sur sa capacité à jongler entre ambition à long terme et changement constant. N'oublions pas, pour autant, que les triomphes sont fragiles : quelques « success stories », comme celle de Kodak autrefois, ont tourné au vinaigre, victimes d'inertie en raison de « recettes » qui avaient contribué à leur réussite mais aussi empêché inopportunément l'innovation d'émerger.

Comment circonscrire le succès ? A l'aune de quoi le mesurer ? Pour tenter de répondre à ces questions, le cabinet Progress Associés a mis sur pied son propre Observatoire. Une définition polymorphe du succès laisse apparaître que l'argent et les titres font aujourd'hui de la place à des notions telles que l'impact, la créativité ou l'épanouissement personnel. Cette définition comprend aussi des éléments nés d'introspections individuelles post-confinement, de l'introduction d'indicateurs extra-financiers et de composantes qui varient selon que l'on désigne le succès d'une entreprise, celui des dirigeants, des managers ou des collaborateurs.

La star : l'équipe

« Conquête et croissance, profit et augmentation de valeur actionnariale, impact client et environnemental, critères de cohésion et d'efficacité sociales ou encore, plus généralement, responsabilité sociale d'entreprise (RSE)… Chaque entreprise privilégie, sur le long terme et selon sa culture interne, ses propres critères », note Jean-Philippe Demaël, président de Progress Associés. Si la qualité de la réflexion stratégique reste cruciale, elle n'apparaît plus comme la seule « botte secrète » du succès d'une entreprise.

Les dirigeants, plus enclins à assimiler l'organisation à une aventure humaine, accordent désormais une place prépondérante à des indicateurs liés à la pérennité des emplois, la qualité du climat social, la fédération du collectif et le développement des individus. « La star n'est plus aujourd'hui le dirigeant mais l'équipe au sein de laquelle puiser de nouvelles façons de faire », poursuit Jean-Philippe Demaël, qui attache une grande importance à l'adéquation entre salariés et culture d'entreprise.

L'étude de l'Observatoire du succès - menée auprès de 1.000 salariés et de 100 dirigeants et enrichie par vingt-sept entretiens - indique que les collaborateurs, quel que soit leur âge, fondent, à 59 %, la réussite de l'entreprise sur ses performances économiques. En revanche, 78 % des dirigeants estiment qu'elle réside d'abord dans la bonne cohésion et la progression des collaborateurs. « Ce modèle est implicitement partagé par tous ceux qui sont conscients de la difficulté - voire l'impossibilité - à faire, seul, bouger tout un corps social », précise Frédérique Deriquehem, associée chez Progress Associés. « Les plus jeunes leaders, quoique freinés par des injonctions économiques, financières et géopolitiques, cherchent à tendre vers cet idéal. »

Pour tout un chacun au travail, la réussite professionnelle est essentielle : 73 % des salariés et 84 % des dirigeants la déclarent importante. Et 64 % des collaborateurs jugent primordial de travailler dans une organisation qui a du succès. « En 2023, plus que les actionnaires, les clients ou les amis, les proches et la famille, les salariés sont devenus, pour les dirigeants, les nouveaux juges du succès de l'entreprise. Est-ce durable ou bien conjoncturel ? » se demande Jean-Philippe Demaël. La deuxième hausse trimestrielle consécutive du taux de chômage, indiquée par l'Insee, pourrait faire pencher en faveur de la seconde hypothèse.

En revanche, pour ce qui relève du succès personnel, les dirigeants avancent le puiser dans l'entretien d'un bon climat social (58 %), la satisfaction des clients (53 %) et l'évolution des collaborateurs. Et ils ne sont plus que 13 % à l'associer au fait de laisser une trace dans l'entreprise. « Les mentalités changent du tout au tout : les compétences techniques et les parcours académiques ne sont plus que des prérequis et ce sont les aptitudes comportementales qui se posent aujourd'hui en 'boîte noire' de talents », relève Jean-Philippe Demaël.

« Dynamique plus que but »

A l'échelle d'une carrière, l'équilibre des vies professionnelle et personnelle est vu comme un critère de succès par 60 % des dirigeants, qui en font une préoccupation première, alors que 43 % des collaborateurs placent ce critère derrière le besoin de reconnaissance (49 %). Des salariés et des managers pour qui le succès réside surtout dans le travail bien fait (67 %) et la satisfaction des clients (50 %).

« Dynamique plus que but, le succès est un carburant puissant pour nourrir à la fois les individus et le collectif d'entreprise », estime Jean-Philippe Demaël. « Et célébrer petites et grandes réussites contribue, d'une façon somme toute assez simple, à nourrir cette dynamique », complète Frédérique Deriquehem. En définitive, pour rencontrer le succès, une entreprise, un dirigeant, un manager ou un collaborateur doit pouvoir s'appuyer sur ses acquis et sa trajectoire, puis surtout savoir s'en détacher pour s'ouvrir à l'inconnu et aux opportunités.

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