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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

Quelle technologie pour supplanter l'IA ?

Gilles Babinet


Aux Etats-Unis, on a coutume d'appeler cela un « megatrend » - une tendance de fond ayant une incidence si importante qu'elle induit des changements profonds, parfois civilisationnels. Dans le champ de la technologie, ils ont déjà été nombreux : le micro-ordinateur des années 1980, la démocratisation d'Internet dans les années 2000, l'avènement du smartphone avec la décennie 2010. Ces dernières années ont semblé hésiter entre la blockchain, les smart contracts (dont les NFT), le métavers… avant que l'intelligence artificielle (avec ChatGPT) ne balaye tout.

Le choc est mondial et désormais, aux Etats-Unis, les fonds d'investissement ne financent presque qu'exclusivement des projets qui comprennent une bonne dose d'IA, si ce n'est des projets exclusivement centrés sur cette technologie. L'enjeu consiste désormais à savoir ce qui pourrait survenir après, car la vague semble si puissante qu'on peine à l'imaginer supplantée.

Pour certains, l'IA est la première technologie exponentielle, et en conséquence, incontrôlable. Feu Stephen Hawking, Elon Musk, Yuval Noah Harari ont mis en garde contre ses dangers ; ils observent que les intelligences artificielles générales (AGI) ne sont peut-être pas loin et qu'elles pourraient sonner le glas de l'humanité en permettant l'avènement de techniques de manipulation de masse, voire de machines conscientes qui pourraient se rebeller contre les humains.

L'autre courant voit l'intelligence artificielle comme une technologie puissante, mais non exponentielle, aux risques contrôlables, ainsi qu'aux bénéfices potentiels immenses. A rebours du récit du risque d'une société élitiste où une poignée de dominants bénéficierait de ces technologies, l'une de ses conséquences envisageables pourrait être de faire des sociétés plus inclusives, où la bureaucratie et les codes sociaux ne seraient plus des barrières édifiées au détriment des minorités et groupes fragiles.

Dans les deux cas, les risques n'en restent pas moins significatifs. Les défis qu'a posés l'écriture du règlement européen de l'intelligence artificielle (AI Act) le montrent : il est remarquablement difficile de circonvenir l'IA, tant celle-ci est protéiforme et ses cas d'applications multiples. Il est même vraisemblable que les modes de régulation classiques ne suffiront pas. Les nouveaux cas d'usage possibles des IA semblent si nombreux, qu'il paraît impossible de les réguler convenablement tous.

Une force est cependant capable d'aider puissamment à limiter les risques à l'échelle où ils se présenteront : la multitude, ou encore l'ensemble des utilisateurs du numérique, c'est-à-dire progressivement l'ensemble de l'humanité. Les idées de l'hygiéniste Gustave Le Bon y trouveraient là leur réincarnation au coeur du XXIe siècle, car tout comme l'intelligence artificielle a besoin de dialoguer avec nous pour progresser, elle aura aussi besoin de nous pour éviter d'empiéter sur nos libertés. Mais pour qu'une telle organisation réussisse, de nombreuses conditions préalables devraient être réunies. La première d'entre elles consisterait à pouvoir distinguer sans faille ce qui est produit par un être humain et ce qui ne l'est pas. Chaque humain devrait donc être rapidement doté d'une certification numérique, permettant ainsi à la collectivité humaine de garder une prééminence sur la machine. Mais dans le même temps de nombreuses questions vont immanquablement apparaître : un journaliste aurait-il une voix supérieure à un internaute lambda ?

Quelqu'un qui véhicule des infox à répétition devra-t-il être sanctionné d'un casier numérique ? Quid de l'anonymat sur Internet ? Devrait-on discriminer les services d'IA qui refusent de jouer le jeu, de se soumettre à la régulation et à un contrôle humain ? Ces questions sont moins anecdotiques qu'il y paraît et pourraient bien se trouver au coeur de nombreux débats dans un futur proche.

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