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  • Photo du rédacteurThierry Bardy

L'IA, facteur de croissance ?

Philippe Aghion et de Simon Bunel

L'intelligence artificielle a le potentiel pour relancer une croissance atone. Mais il faut y adapter nos institutions, en particulier nos politiques de concurrence.

Plus que jamais, alors que nous traversons une période de croissance atone, d'aucuns portent leurs espoirs sur la révolution de l'intelligence artificielle (IA) pour faire repartir notre croissance. De fait, l'IA permet en principe d'accélérer la croissance de la productivité pour au moins deux raisons. En premier lieu, elle automatise la production de biens et services, tout comme les moteurs à combustion, l'électricité et les semi-conducteurs l'ont fait avant elle, mais en allant plus loin, car l'IA automatise des tâches dont on pensait qu'elles ne pourraient jamais être automatisées, par exemple la conduite de voitures ou les prescriptions médicales. En second lieu, l'IA permet d'automatiser la production d'idées. Elle aide à trouver des solutions à des problèmes complexes. Elle facilite l'imitation et l'apprentissage. Et elle peut devenir auto-améliorante.

Une étude américaine récente illustre le potentiel de croissance de l'IA. Cette étude analyse l'effet du déploiement de ChatGPT sur la productivité d'employés d'une entreprise chargée de conseiller des patrons de PME sur comment adopter de nouveaux logiciels. La conclusion est que l'accès à ChatGPT permet aux employés d'accroître leur flux de dossiers traités par heure de 25 %. Et cet effet positif de l'IA sur la productivité n'est pas circonscrit à cette seule entreprise ni aux Etats-Unis. En particulier, selon une enquête récente de Pôle emploi intitulée « Les employeurs face à l'intelligence artificielle », 72 % des employeurs couverts par l'enquête font état d'un impact positif de l'IA sur la performance de leurs salariés.

Peut-on aller plus loin et prédire les effets croissance de l'IA au niveau macroéconomique ? Si la révolution de l'IA devait simplement reproduire celle des technologies de l'information et de la communication (TIC), alors il faut s'attendre à un doublement du taux de croissance de la France pendant une période de dix ans, ce qui représenterait une hausse cumulée de PIB d'environ 500 milliards d'euros d'ici à 2034.

Cette prédiction sera cependant considérée comme trop pessimiste pour certains, trop optimiste pour d'autres. Les premiers feront valoir que l'IA permet d'automatiser également la production d'idées, ce qui permet de générer un surcroît de croissance, et ce, de façon permanente.

Les seconds mentionneront l'existence d'obstacles à la croissance, notamment l'absence de concurrence dans les segments amonts de la chaîne de production de l'IA, à savoir l'accès aux données et l'accès à la puissance de calcul. Ces segments sont dominés par un petit nombre de géants, les Gafam (Microsoft, Google, Facebook).

Issues de la révolution des TIC, les Gafam ont dans un premier temps contribué à l'augmentation observée du taux de croissance de la productivité pendant la décennie 1995-2005. Cependant, une politique de concurrence trop laxiste leur a permis de grossir jusqu'à contrôler la plupart des secteurs de l'économie américaine, ce qui a fini par décourager l'entrée de nouvelles entreprises innovantes avec des effets négatifs sur la croissance de l'économie dans son ensemble.

La différence entre la révolution des TIC et celle de l'IA est que cette fois les Gafam sont dominants dès le début, et donc peuvent immédiatement décourager l'entrée de nouvelles entreprises innovantes. D'où l'importance d'adapter nos institutions et en particulier nos politiques de concurrence, pour que la révolution de l'IA puisse pleinement agir comme facteur de croissance.

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