• Thierry Bardy

Redonner confiance en la recherche



Laurent Champaney


Réconcilier science et société devrait être un enjeu fort du ministère de la Recherche comme du CNRS. Comment retrouver du crédit auprès des Français ?

La traversée de la crise du Covid a montré, encore une fois, l'absence de confiance de la société française en sa recherche. Les chercheurs sont restés absents du débat public ; on a rarement donné du crédit à leurs travaux et souvent critiqué leur manque de réactivité ou leur absence de résultats. De fait, on oublie trop souvent l'importance de la recherche. On oublie - ou on ne nous a jamais dit - qu'elle est potentiellement génératrice de progrès et de prospérité et qu'elle détient sans doute déjà de nombreuses solutions aux problèmes environnementaux et sociétaux du moment.

Les actions de mise en lumière de la recherche sont nombreuses, mais elles se concentrent trop souvent sur des travaux très « amont », sur de grandes figures scientifiques ou des prix Nobel dont on admire le travail sans le comprendre, sans qu'on en voie vraiment la finalité. L'infiniment grand et l'infiniment petit impressionnent, mais ils ne donnent pas l'envie aux jeunes d'embrasser des carrières scientifiques ! Ces carrières estampillées « recherche » débutent par des études exigeantes et sélectives, mais elles restent désespérément peu valorisées, peu visibles et peu rémunératrices. Elles attirent encore trop peu les excellents étudiants des grandes écoles qui disposent pourtant de toutes les compétences pour devenir de grands leaders scientifiques qui feront progresser la société.

Réconcilier science et société devrait être un enjeu fort des institutions, comme le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et des organismes, comme le CNRS. Cependant, à l'approche des dernières échéances électorales, les spécialistes se sont, en bon français, déchirés sur des questions secondaires de structuration et de partage des rôles entre institutions. On y a encore entretenu l'archaïque clivage entre une belle recherche académique publiante ou nobélisable, apanage des universités et du CNRS, et une recherche appliquée « bas de gamme » dans les entreprises et les grandes écoles… Les questions du rôle de la recherche face aux défis de la planète ou du retour de la confiance des Français n'ont jamais été évoquées !

La petite phase, encore trop souvent entendue, « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche ! » donne l'idée qu'il n'y a que deux états : « chercher » puis « trouver ». Alors le chemin qui va transformer des travaux académiques amont en innovation et en création de valeur dans une entreprise ou bien en création de prospérité dans la société est un long processus semé d'embûches qui implique de nombreux acteurs très différents de la recherche. La fin de ce processus est maintenant bien outillée avec des financements pour des projets mêlant étroitement entreprises privées et laboratoires publics, des instituts de recherche et de transfert, des incubateurs… Mais elle reste trop peu mise en valeur alors que ses finalités pourraient être facilement comprises par les non-initiés.

Il faut d'urgence mettre en valeur la chaîne complète de la recherche et de l'innovation et donner la même importance et la même visibilité à tout le processus et à tous ses acteurs, sans distinction. Unissons-nous pour montrer les résultats concrets de la recherche. Devant les urgences climatiques et à une période où la société a des attentes fortes, il y a une opportunité pour la société française de retrouver la confiance en sa recherche, d'avoir envie qu'on y investisse massivement et de donner à ses enfants l'envie de s'y impliquer !

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